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Editorial

Vers un renouveau de l’éducation populaire ?

Forum de l’Education Populaire et de l’Engagement en Rhône-Alpes : Editorial

« L’éducation populaire est une vieille dame, il faut parfois bousculer les choses », disait l’un des participants au Forum de l’Education Populaire et de l’Engagement en Rhône-Alpes le 13 avril dernier. Vieille dame née au 19ème avec l’essor du mouvement ouvrier lors de la révolution industrielle, l’éducation populaire a tenu une place importante jusqu’à la fin du vingtième, visant à offrir à l’ensemble de la population la possibilité d’accéder au savoir, à la culture et à des loisirs collectifs où se forment les citoyens.

Mais les années 1980 ont marqué un virage essentiel dans le fonctionnement des structures « d’éduc’ pop ». Des modes de financement et des normes évoluant sans cesse ont fait basculer le secteur des Centres Sociaux, des MJC ou autres organismes vers un professionnalisme si poussé qu’il en est devenu bloquant, dévoyant même quelque peu les valeurs premières de l’éducation populaire. C’est le constat bien peu optimiste qui ressort en substance des analyses des représentants actuels du secteur, comme celui de Jean Bourrieau, chercheur en sciences de l’éducation : "la sur-professionnalisation a fait perdre de l’intelligence collective aux associations (...) l’un des grands défauts de l’éducation populaire aujourd’hui est d’avoir oublié les dimensions du bien-être et des gens..."

La tradition laïque de l’éducation populaire situe son origine dans le rapport relatif à l’organisation générale de l’instruction publique que Condorcet présenta à l’Assemblée législative les 20 et 21 avril 1792 :

«  Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auront été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. (...) on instruira le peuple des lois nouvelles, des observations d’agriculture, des méthodes économiques qu’il lui importe de ne pas ignorer. On pourra lui montrer enfin l’art de s’instruire par soi-même...  » (Lire le rapport de Condorcet)

On pourrait légitimement se demander aujourd’hui ce qu’on a fait du projet de Condorcet. Les dynamiques lancées au 19ème siècle et jusque dans l’après Seconde Guerre Mondiale par les hérauts de l’éducation populaire – Fernand Pelloutier, Marc Sangnier, Léo Lagrange... - perdurent mais semblent avoir été comme « ringardisées » pendant quelques décennies, comme dissoutes dans une vaste insouciance consumériste, entravée par des exigences technicistes et des contraintes financières. Les outils existants se sont institutionnalisés, ne produisant plus d’alternative citoyenne, mais un accompagnement des politiques publiques en place et de leur impuissance à s’emparer de la question des inégalités sociales.

La crise économique, les urgences écologiques et sociales de ce début de siècle changent la donne. L’éducation populaire est d’abord le rêve de l’égalité sociale et elle n’est jamais autant d’actualité, elle n’a jamais tant de pertinence que lorsque s’accroissent les inégalités et les injustices. C’est le constat qu’ont fait nombre de citoyens réunis en collectifs, en associations, en syndicats. Chaque lutte sociale, chaque combat écologique est l’occasion d’une démarche d’apprendre. De nouvelles formes d’éducation populaire naissent dans les forums sociaux, chez les « Indignés », à Notre Dame des Landes ou à Villeneuve de Berg mais aussi dans les espaces collaboratifs, parmi les acteurs du numérique libre, dans le milieu coopératif...

« L’éducation populaire n’est pas un secteur, elle est une démarche », rappelait Jean Bourrieau au Forum de l’Education Populaire et de l’Engagement du 13avril dernier. Cela signifie aussi qu’elle n’appartient à personne, qu’elle n’est la propriété d’aucune institution. Bien au contraire. Et il appartient aujourd’hui aux grandes structures de l’éducation populaire de s’adapter aux nouvelles conditions économiques, écologiques et sociales de ce siècle et d’accompagner les nouveaux mouvements porteurs de démarches d’émancipation sociale et citoyenne. Comme il appartient à ceux-ci de s’enrichir de la longue histoire de cette merveilleuse idée et des élans démocratiques qu’elle a fait naître.

Le forum organisé par la Région Rhône-Alpes était porteur de cette tension entre démarches créatives de renouvellement et logiques institutionnelles. Les ateliers et espaces de rencontres – et notamment l’espace « MédiasCitoyens » - de ce samedi 13 avril ont permis des échanges riches et un début de réflexion commune sur les enjeux et le renouvellement des formes de l’éducation populaire.

Ce renouvellement ne pourra se faire complètement qu’avec un réel soutien politique prenant en compte à la fois la diversité des formes de l’éducation populaire et son sens dans une société à redéfinir avec chaque citoyen, libérée des dogmes économiquement et socialement inégalitaires. L’affirmation de l’éducation populaire à travers les compétences politiques de Lela Bencharif à la Région Rhône-Alpes (Vice-Présidente à la vie associative, à la démocratie participative et à l’éducation populaire) ou à travers celles de Valérie Fourneyron, Ministre de la Jeunesse, des Sports, de la Vie associative et de l’Education Populaire, vont dans le bon sens. Mais au-delà des symboles, il reste à leur donner réellement les moyens d’agir dans le cadre de véritables politiques volontaristes au service de l’égalité sociale et des valeurs démocratiques que nous portons tous en nous depuis Condorcet.

Thierry Borde

Retrouvez le compte-rendu complet du Forum de l’Eduaction Populaire et de l’engagement sur mediascitoyens.org

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