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Radios associatives

Radio : le grand tournant du numérique

D’ici une vingtaine d’années, la bande FM et le transistor auront vécu... Comme la télévision avec la TNT, la radio fait sa révolution avec une perspective de passage à la technologie numérique plus ou moins bien vécue selon les points de vue...

Des radios pirates qui animaient le paysage politico-culturel alternatif des années 70, la libération de la bande FM au début des années 80 fait naître les premières radios libres. Fidèles héritières des pirates, nombre de radios décident alors de rester dans un créneau associatif non commercial. L’Etat les aide grâce à un fonds dédié : le FSER (Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique) prélevé sur les revenus publicitaires de la télévision notamment. Ce financement, toujours actuel, est d’ailleurs aujourd’hui à l’origine d’une certaine inquiétude dans le monde de la radio non commerciale face au désir du gouvernement de supprimer la publicité du service public...

Peu à peu, la bande FM a peuplé nos vies. La qualité de diffusion laissa les grandes ondes au rebut ou aux zones de haute montagne ; le transistor de la cuisine a continué d’animer la vie familiale, mais avec un choix de programmes démultiplié...

Mais comme la télévision, la radio ne peut passer aujourd’hui à côté de l’évolution technologique offerte par le numérique. La TNT a eu très rapidement un impact spectaculaire sur la manière pour tout un chacun d’appréhender la télé. La radio va devoir s’adapter elle aussi à cette nouvelle norme. Progressivement, car la diffusion sur la bande FM existera encore pendant au moins 20 ans selon les spécialistes. Mais c’est aujourd’hui que l’on demande aux radios de se positionner...

En effet, la première phase du passage au numérique s’accomplit cette année. Elle concerne uniquement les grandes agglomérations. En Rhônes-Alpes, seule la zone Lyon - Villefranche-sur-Saône - Vienne est concernée. Le CSA a lancé son appel à candidature en mars 2008. Les radios qui souhaitent diffuser par le numérique doivent répondre à cet appel avant le 16 juin.

Mais c’est là que le bas peut blesser... En effet, beaucoup de radios associatives se sentent comme mises devant le fait accompli. Il est en général bien plus difficile de se préparer à long terme aux évolutions technologiques quand on n’a que de petits budgets... Ne doutons pas à l’inverse que la plupart des grandes radios commerciales aient pu s’y préparer et pourront directement trouver la quintessence des atouts du numérique.

Car des atouts, cette technologie n’en manque pas. Véritable passerelle interactive entre la radio et les auditeurs, le numérique se situe à la croisée de la radio et d’internet. Outre des qualités de sons et d’ergonomie plus appréciables par les auditeurs, il offrira à la radio la possibilité d’associer de multiples données (textes et images) et services à ses programmes. Il est ainsi possible d’imaginer lire le titre de la chanson diffusée sur son récepteur ou pouvoir réserver des places de concert par exemple...

De nouveaux récepteurs devront voir le jour et les fabricants sont déjà prêts. D’autant plus que la norme choisie en France est déjà appliquée...en Corée. Outre ce débouché pour les fabricants de récepteurs numériques, les perspectives commerciales pour les radios elles-mêmes semblent intéressantes par l’exploitation de ce système de données associées. Il n’en demeure pas moins qu’il est difficile de demander à des radios justement non commerciales d’apprécier le bénéfice commercial de cette démarche ! Celles-ci devront trouver un équilibre économique en multipliant leur coût de diffusion... Car, le passage au numérique a un coût, un coût qui se rajoutera à celui déjà existant de la diffusion hertzienne...

Le monde des radios non commerciales semble donc aujourd’hui partagé. D’aucuns, comme Radio Canut à Lyon, se positionnent a priori contre la démarche (lire le texte de Radio Canut). D’autres sont sensibles aux atouts tout en restant dubitatifs : les radios associatives ont-elles les moyens de ce passage ? Si elles ne les ont pas, n’est-ce pas une manière détournée d’offrir le paysage médiatique au tout commercial ?

A Nantes, un groupement de radios a réussi à anticiper le problème et propose ses solutions aux autres radios. Le GRAM (Groupement des Radios de la Métropole nantaise) a pu participer aux expérimentations en cours depuis quelques temps.

Lire l’article de mediascitoyens

L’association DR, elle aussi, prône le passage au numérique et se met à la disposition des radios pour les accompagner dans leurs évolutions.

Voir l’invitation de DR aux radios

Mais, malgré cette implication, le GRAM s’étonne aujourd’hui du choix d’une norme (TDMB) qui n’est pas cohérent avec le résultat de ces expérimentations... Cette norme, plus coûteuse, moins adaptée à la radio, ne répond qu’aux intérêts des seules radios nationales commerciales...

Lire le communiqué du GRAM sur le site DR

De plus, pour l’anecdote, la norme choisie est peut-être celle des coréens, mais pas celle des autres pays européens !

Reste pour les radios non commerciales à compter sur le soutien des institutions. Les radios associatives ont un rôle particulier dans leurs territoires, un rôle d’animation, de développement du territoire et du lien social. Elles sont en cela une prolongation naturelle du service public. Le FSER doit se positionner bientôt face à cette évolution. En Rhône-Alpes, sensible à cette question, le Conseil Régional a déjà adopté une délibération permettant d’abonder quelque peu au fonds de soutien national.

C’est dans ce contexte que la CRANC-RA, confédération des radios non commerciales de Rhône-Alpes, tiendra son assemblée générale samedi 31 mai à Bourgoin-Jallieu. Avec l’espoir, à l’instar des radios nantaises, de trouver une solution collective au problème numérique...


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