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Paul Aries : gratuité et "simplicité volontaire"

"Le jour où nous ne serons plus des forçats du travail et de la consommation nous redeviendrons des poètes , nous redeviendrons des citoyens, nous redeviendrons des gourmets..."

Un entretien radiophonique avec Paul Aries autour du thème de la gratuité à l’occasion du salon Primevère 2010 et de la parution de son dernier ouvrage : La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance Suite

► ECOUTER L’INTERVIEW DE PAUL ARIES Un entretien réalisé par Anne-Laurence Mazenc (Radio Grésivaudan) et Thierry Borde (MédiasCitoyens) lors du salon Primevère 2010

Comme nous le disent la sociologue Saskia Sassen ou Danielle Mitterrand dans leurs entretiens avec MédiasCitoyens*, la solution financière donnée à la crise financière n’est pas la bonne. On ne soigne pas une victime d’overdose avec une injection de drogue ! La finance est la drogue du capitalisme mais comme toute drogue, elle est addictive, elle crée le désir. Désir d’argent, désir de biens, consumérisme effréné. Une drogue qui pourtant génère déséquilibres sociaux, ravages humains et environnementaux.

C’est pourquoi il faut absolument remplacer ce principe par un autre. Mais on ne pourra le faire si on ne trouve rien qui suscite autant le désir, le plaisir. C’est en tout cas ce qu’explique Paul Ariès, pour qui seul le désir de gratuité peut supplanter celui du "toujours plus".

Fin février, à Lyon, le salon Primevère s’était donné la gratuité comme thématique centrale. Avec une première approche du processus consistant à organiser des bourses d’échanges et de troc. Troc de graines en pied de nez aux grands semenciers breveteurs internationaux, troc de vélos... Et Paul Ariès y fut naturellement invité à donner une conférence sur ce concept de gratuité devant un très nombreux public.

Primevère, c’est aussi toujours l’occasion pour les radios de la CRANC-RA d’installer un studio radio où le politologue lyonnais nous a accordé un entretien.

La gratuité, c’est avant tout un changement radical de notre perception globale du monde et de notre manière de "faire-société". C’est cette simplicité volontaire que décrit Ariès dans son dernier ouvrage La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance (La Découverte, février 2010). Un changement à contre-courant de tout ce qui nous est aujourd’hui proposé - imposé par le modèle libéral et consumériste dominant, celui du "toujours plus".

Un modèle libéral qui d’ailleurs combat activement tous les secteurs encore gratuits dans nos sociétés. Les services publics sont voués à être privatisés, l’eau et l’air se paient, les paysans ne peuvent plus replanter gratuitement leurs semences...

La gratuité, c’est un peu le cauchemar des néo-libéraux, c’est pourtant une autre manière de créer des richesses, mais dans l’échange, dans la créativité, dans l’égalité...

Pour que la gratuité existe, il convient de lui appliquer des règles. Pour Paul Ariès, cela ne doit pas être une politique d’accompagnement du système qui consisterait à établir la gratuité uniquement pour les pauvres, mais une politique d’émancipation, une vision globale où l’on définirait les usages et les mésusages, où l’on distinguerait ce qui est nécessaire ou superflu. L’usage doit être gratuit, le mésusage renchéri, voire interdit. Et ce système doit être accompagné d’une part par un revenu universel garanti et d’autre part par un revenu maximum. Une solution sociale égalitaire qui aurait aussi comme incidence de réguler les surproductions et les surconsommations destructrices de l’environnement.

Utopie diront les uns... Mais ce serait oublier que l’utopie n’est pas le lieu qui ne peut exister, elle est le lieu qui n’existe pas encore. Il appartient à tous ceux qui la trouvent belle de la rendre possible. Les démarches citoyennes sont de plus en plus nombreuses et visibles, l’économie sociale et solidaire se développe, les mentalités se transforment peu à peu, même si cela reste à la marge. Alors, pour le fondateur du Sarkophage, il convient aujourd’hui "d’inventer une nouvelle gauche anti-productiviste enfin optimiste".

"Le jour où nous ne serons plus des forçats du travail et de la consommation nous redeviendrons des poètes , nous redeviendrons des citoyens, nous redeviendrons des gourmets...", rêve Paul Ariès.

TB

► ECOUTER L’ENTRETIEN AVEC PAUL ARIES

* Saskia Sassen - Une mauvaise idée : une solution financière à une crise financière - MédiasCitoyens avril 2009

Danielle Mitterrand : l’eau bien commun de l’humanité - MédiasCitoyens mars 2010.


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