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Municipales 2014 : le CLIC suit les primaires de l’UMP à Lyon

Myriam Pleynard : "Nous pouvons changer l’inacceptable"

CLIC : Collectif Local d’Informations Citoyennes

Nous inaugurons avec cette interview de Myriam Pleynard, candidate aux primaires de l’UMP à Lyon, notre cycle d’entretiens politiques « CLIC pour 2014 ».

Nous avons pour ambition de suivre l’intégralité de la campagne municipale de 2014 dans les principales agglomérations du Grand Lyon (Lyon, Villeurbanne, Bron, Oullins, Rillieux-la-Pape…). Pour ce faire, nous souhaitons interviewer l’ensemble des candidats à travers des réunions de presse regroupant les médias partenaires : Lyon Bondy Blog, TrENSistor, Free-Landz, Mankpadere, Mediascitoyens, Sens Public et Radio Pluriel.

Nous expérimentons une nouvelle manière de travailler dans ce monde des médias en pleine restructuration. C’est pourquoi nous développons et structurons un travail collaboratif innovant (échange d’articles, dossiers communs, liens croisés, etc.) en complément des consolidations que nous menons pour chacun de nos médias.

3 questions à Myriam Pleynard

"CLIC" pour écouter l’intégralité de l’entretien ici

Entretien avec Myriam Pleynard : le texte

CLIC : Mme Pleynard, vous êtes candidate à la primaire de l’UMP pour les municipales à Lyon en 2014, mais vous êtes encore peu connue médiatiquement je vous propose donc de vous présenter : qui êtes vous, quel est votre parcours ?

Myriam Pleynard : Je suis encore peu connue mais si je m’en tiens à un sondage récent commandé par l’UMP, avec seulement 5 % de notoriété j’obtiens 27 % d’intentions de vote pour les municipales 2014 au 1er tour et 34 % au second tour face à Gérard Collomb, je rivalise largement avec les ténors locaux de la droite [dans ce même sondage le candidat de l’UMP le mieux placé serait Emmanuel Hamelin qui ferait 39 % au 2nd tour face à Gérard Colomb Ndlr]. J’ai donc toutes mes chances.

Qui je suis ? J’ai un parcours assez original, j’ai grandi à Perrache dans une famille très très moyenne. J’ai eu la chance de grandir avec un papa de confession juive et une maman catholique, cela m’a permis d’avoir une culture partagée avec le sens des compromis sans jamais être dogmatique au niveau de la pensée. J’ai perdu mon père qui était ouvrier très jeune et j’ai grandi entourée par ma famille.

Grâce à l’école j’ai pu rencontrer des gens extraordinaires. Je suis très attachée à l’école parce que c’est en même temps une réussite personnelle et une réussite collective. Comme je travaillais bien à l’école j’ai eu la chance d’être accompagnée par la société de patronage pour les enfants de la ville de Lyon. Cette société de patronage est une émanation de la franc-Maçonnerie lyonnaise, qui vient en aide à des enfants défavorisés. Grâce à mon potentiel j’ai été remarquée et j’ai pu bénéficier d’un financement de mes études, j’ai aussi eu un parrain issu de la franc-Maçonnerie lyonnaise qui m’a suivi.

À son contact j’ai découvert des valeurs transmises par la franc-Maçonnerie, on discutait sur comment penser l’avenir de l’homme, de la société ; qu’est ce que c’est que le progrès ? Je suis donc arrivée à une maturité politique très jeune ; et ce n’est pas un hasard si j’ai choisi par la suite des études de droit et que je me suis intéressée plus particulièrement à la pensée politique. J’ai été frappée par le livre de Platon La République, mais aussi Qu’est ce que la justice ? d’Aristote. Il est intéressant de voir que pour Aristote la justice est dans le débat. Je suis une personne comme vous, je suis une citoyenne qui à un moment donné a eu la volonté de changer les choses.

CLIC : Comment votre intérêt pour la chose publique s’est-il concrétisé ?

M.P. Dans un premier temps c’est passé par la création d’un groupe d’opinion citoyenne qui s’appelle « Tout pour Lyon 2ème », que j’ai créé en 2008 avec pour objectif de modifier les lignes politiques classiques.

Nous nous sommes tout de suite intéressés à la question des crèches dans l’agglomération. Savoir pourquoi on n’arrive pas à trouver des places en crèches à Lyon, comment se fait il qu’il y ait des listes d’attentes aussi longues ? On a travaillé sur des études documentaires. Puis on a rencontré les associatifs, les techniciens au niveau de la Ville de Lyon en charge de ce dossier. On est aussi allé voir ce qu’il se faisait ailleurs au delà du tronc commun des choses. Pour tous les sujets je fonctionne ainsi, je me documente, je rencontre des spécialistes de la question et je vais voir ailleurs ce qu’il se fait sur le sujet pour retirer les meilleurs expériences et les implanter à Lyon. Je suis contre l’idée que l’on ne peut rien changer, que les choses sont figées.

CLIC : Quelles conclusions avez-vous tirées de ce travail ? Concrètement, que préconisez-vous pour améliorer l’accueil des enfants en crèche ?

M.P. Je préconise qu’on change de point de vue. Le problème des crèches est d’abord un problème financier. Quand j’étais à Saint-Fons, pendant cinq ans j’ai travaillé sur la question des financements des projets de la ville. La première difficulté des crèches est de savoir comment les financer. Il faut donc se décomplexer. C’est-à-dire accepter une dose de financement privé.

Ensuite, il faut faire du multi-accueil : être capable de proposer tout une gamme de service qui correspond aux attentes des particuliers. Les gens au chômage ont besoin d’une structure d’accueil pour garder les enfants quand ils recherchent un emploi. Il faut travailler sur l’expérience de la crèche inter-entreprise de Gerland qui a l’obligation d’accueillir 30 % de berceaux pour les habitants de la commune. Je crois beaucoup en l’avenir de ces crèches.

CLIC : De quel autre sujet vous êtes-vous occupé avec votre groupe d’opinion citoyenne ?

M.P. : À côté de la problématique des crèches, j’ai été saisie par la question de la grande pauvreté dans notre ville. Un soir, alors que je raccompagnais un ami chez lui vers « la fosse aux ours » à la Guillotière, j’entends un bébé pleurer, je me retourne et je vois une femme avec un bébé dans le coffre, il faisait très chaud ce soir là. C’était une maman Rom complètement démunie, qui dormait dehors avec son enfant. Je me suis senti très mal. Je me suis dis « si on passe à coté de ça et qu’on continue sa route, on a perdu son âme ». On a donc voulu savoir pourquoi des gens dorment dehors. Comme pour les crèches on a rencontré et questionné plusieurs personnalités, de nombreuses associations comme le réseau « personne dehors » pour comprendre le problème.

J’ai pu discuter avec Gilles Mya-Carle, directeur départemental de la cohésion sociale sur l’échec de la réaffectation de la polyclinique de Monplaisir. On avait là une solution exceptionnelle et inédite, on disposait de moyens pour accueillir des gens sans toit, qui avaient tout perdu, à moindre coût et pourtant on n’a pas pu la mettre en place. Pourquoi ? Il y a eu multiplication des pétitions de riverains et il n’y a pas eu de volonté politique derrière pour leur expliquer le projet. Dans le cadre de structures d’hébergements d’urgence il faut absolument lutter contre les préjugés, il faut travailler en amont avec les habitants et les commerçants pour faire en sorte que les projets d’installation d’urgence puissent réussir. Il faut les informer et les impliquer au processus d’élaboration du projet. C’est la seule solution si on veut que cela réussisse.

CLIC : Mais que faire pour ceux qui sont déjà à la rue ? Êtes-vous pour les réquisitions de logements vides ?

M.P. : Oui je suis pour, car le logement c’est la première étape pour se reconstruire. Mais ce n’est pas la solution. Je suis plus intéressée par des expériences comme les villages container d’Alain Sitbon ou l’expérience de « La maison de Rodolphe », je ne veux pas du vite fait mal fait, de l’emporte pièce. Par exemple je suis contre la politique de centralisation de l’hébergement d’urgence. Je suis pour un hébergement d’urgence de qualité qui respecte la dignité humaine. Il faut avoir une approche très dynamique de l’hébergement d’urgence il faut aussi leur donner des moyens d’être employables. Il faut travailler sur du qualitatif, je n’accepte pas que des gens qui viennent de la rue soient cantonnés à un travail précaire. C’est aussi travailler sur l’avenir. Je suis persuadé que nous pouvons trouver des solutions d’accueil de meilleure qualité et moins coûteuses que celles qui existent, il faut savoir que l’accueil d’urgence en hôtel coûte très cher en deniers publics et ne résout pas les problèmes à long terme.

J’ai interrogé plusieurs fois Gérard Collomb sur cette question et il confond hébergement d’urgence et logement social or ce n’est pas la même chose. À quoi ça sert d’être une autorité publique si on n’est pas capable de sortir les gens de la pauvreté ?

« Tout pour Lyon 2ème » a été la façon de me positionner face à l’inacceptable, c’est ne pas accepter que les gens dorment dehors, affirmer que nous pouvons changer l’inacceptable. « Tout pour Lyon 2ème » a une dimension sociale et humaniste très importante. Concernant les Roms, qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement, à Lyon, pour éviter que ces familles soient constamment déplacées d’un squat à l’autre ?

Il faut leur proposer des solution d’hébergements durable et de qualité. Mais attention, le problème des logements d’urgence ne concerne pas seulement les Roms. Un après-midi en sortant du TGV à Perrache j’ai vu une famille qui nous ressemble, comme vous et moi, un père une mère avec ses enfants et un tas de couvertures, au-dessus des couvertures un bébé magnifique. Ils attendaient l’ouverture du local d’une association d’entraide pour SDF. Je me suis arrêtée pour discuter avec eux et comprendre pourquoi ils étaient là. C’est une famille qui avait tout perdu : les deux parents travaillaient, la mère est tombée malade, elle a perdu son travail puis le père a perdu le sien, ils ne pouvaient plus payer un loyer. Ce n’étaient pas des Roms. Je me suis dis : pourquoi on en est arrivé là ? C’est en amont qu’il faut agir. Sur la question du social je veux agir, mettre le paquet sur la prévention des expulsions. Car pour sortir les gens de la rue c’est très long, ça prend du temps, six mois, parfois plus. Il faut donc travailler en amont et éviter qu’ils soient mis à la rue.

CLIC : Que pensez-vous de la politique de l’UMP par rapport aux Roms ?

M.P. : La politique n’est pas figée, elle peut évoluer grâce à des gens comme moi.

CLIC : Pourquoi avoir choisi l’UMP pour répondre à cette volonté humaniste ?

M.P. : C’est une réaction à deux points. Je n’ai pas accepté toute la polémique autour de Nicolas Sarkozy. Quand on veut combattre des idées et des valeurs on n’assassine pas les gens. Ainsi le 1er mai 2012 j’étais à paris Place du Trocadero pour écouter Nicolas Sarkozy.

Puis surtout j’ai un désaccord total avec la gestion de Gérard Collomb. Je suis contre sa politique de marchandisation de notre ville. Et si on veut battre Gérard Collomb n’y a qu’à droite qu’on peut le faire. Pouvez vous nous donner un exemple de marchandisation de la ville ? Le cas de l’Hôtel-Dieu est symptomatique. On a un déficit abyssal des HCL et on donne les clés de l’Hôtel Dieu à un grand groupe [le groupe Eiffage Ndlr]. C’est trop facile, on dilapide notre patrimoine, l’identité humaniste de Lyon. Cette marchandisation de la ville sur un édifice symbolique de l’identité lyonnaise, je ne l’accepte pas. Quand je vois que l’Hôtel-Dieu va devenir un centre commercial je me dis : on s’est complètement trompé, on a trahi l’identité de notre ville. Le 5 janvier 2011 j’ai pris la parole à l’Hôtel de Ville pour contester ces choix sur la requalification de l’Hôtel-Dieu.

CLIC : Que fallait-il faire ? Que proposiez-vous ?

M.P. : On aurait pu faire de l’Hôtel-Dieu un joyau et cela sans se presser. Quand on est dans la politique de la précipitation on fait n’importe quoi. On aurait pu prendre le temps de la concertation. Réunir les financeurs, écouter les porteurs de projets qui avaient des propositions intéressantes. Bref, monter un processus de pluri-annualisation du financement du projet.

Pour transformer l’Hôtel-Dieu il faut être en conformité avec son identité et son histoire : il a été édifié sur la base d’une charité, la charité lyonnaise : allez voir les plaques dans la cour ! C’est pourquoi j’avais proposé d’en dédier une partie à l’accueil de sans-abris. On aurait pu aussi en faire un centre de promotion sociale de la santé, créer un lieu de réflexion sur la biologie systémique où de grands chercheurs comme Charles Aufray auraient pu réfléchir sur l’avenir des sciences de la vie, comment mieux soigner, lutter contre les allergies les maladies rares. Il y avait aussi la proposition de réunir à l’Hôtel-Dieu les différents musées de la médecine lyonnaise, ce qui aurait été cohérent avec l’histoire du lieu. N’oublions pas que c’est sous le grand dôme que des médecins comme Rabelais ou Marc Antoine Petit ont officié.

Ce que je vous dit pour l’Hôtel-Dieu est aussi vrai pour le quartier Confluence. On avait ici aussi une carte culturelle à jouer et on ne l’a pas joué. Quand je vais à Confluence, je vois des grands groupes et on est pas arrivé à mailler le village avec les nouveaux arrivants. Il y avait pourtant un potentiel dans ce quartier, il fallait bien faire quelque chose de cette zone qui pendant mon enfance n’était qu’un no man’s land.

CLIC : Vous vous revendiquez du gaullisme social. Cette mouvance a t-elle encore sa place au sein de l’UMP ?

M.P. : Ce qui m’influence c’est la doctrine sociale de l’église. J’ai discuté avec le cardinal Barbarin sur la question des Roms. Mais on a pas besoin d’être chrétienne pour savoir que face à inacceptable il faut réagir. J’ai aussi eu la chance de discuter avec le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag. Je m’oppose à ce que des gens dorment dehors, que des enfants scolarisés en sortant de l’école se retrouvent à devoir vivre dehors. Je refuse toute forme de persécution, voilà ma ligne de conduite. Sur l’échelle de l’UMP je suis au centre. Sur une échelle de 0 à 10 je suis à 5. J’ai ma place. Quand j’ai commencé mes études de droit, j’avais acheté un bouquin sur l’histoire du générale De Gaulle, cet homme qui a crée la Ve République, vous savez, le triptyque Liberté-Égalité-Fraternité. C’est un maître mot, chez moi, la fraternité. J’ai toute ma place au sein de l’UMP, dans cette mouvance du gaullisme social.

CLIC : Pourtant, c’est un courant que l’on ne retrouve plus vraiment à l’UMP. Certaines personnalités l’ont incarné, Philippe Séguin, Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo, etc. Mais n’avez-vous pas l’impression d’être un peu seule ?

M.P. : Détrompez-vous car il existe un mouvement du gaullisme social à Lyon. J’ai peu d’amis sur ma page Facebook – les miens sont ailleurs, ils ne sont pas virtuels – mais j’ai découvert un mouvement qui s’appelle Le Chène, qui est l’expression vivante à Lyon du gaullisme social. S’il faut monter une marche et impulser le mouvement je me dis que j’ai une carte à jouer et ça me plaît bien, ça me ressemble.

CLIC : Pensez-vous que l’austérité soit compatible avec la lutte contre la pauvreté ?

M.P. : Je suis contre l’austérité, je suis humaniste. J’ai la conviction qu’on peut changer l’ordre des choses, aucune mentalité n’est figée qu’on soit de gauche de droite ou du centre.

CLIC : Avec ce discours particulier comment fait-on pour être candidat aux primaires de l’UMP ?

M.P. C’est ma grande force par rapport aux autres candidats, d’être différente. À un moment donné j’ai pris conscience que si on veut changer les lignes classiques de la politique, il faut prendre le pouvoir, non par ambition personnelle mais parce que c’est la seule solution pour que les choses bougent réellement.

J’ai tapé à la porte de l’UMP et j’ai eu la chance de voir qu’il y avait une volonté d’avoir des candidats extérieurs. Puis j’ai été rapidement confrontée à des quasi-rejets en interne parce que j’étais une simple citoyenne, sans aucun mandat. On remet en cause ma légitimité, je suis le vilain canard, et en même temps je fais peur car ma force c’est justement de ne pas avoir d’antécédents politiques. On ne m’épargne pas, on a lu par exemple dans le figaro que j’avais été jugée par certains comme une candidate pas sérieuse, « folklorique ». Vous vous rendez compte du mépris démocratique. J’ai voulu savoir auprès de la journaliste quelle personnalité locale me considérait comme « folklorique » mais je n’ai aucune réponse de sa part.

Je mène un double combat. D’abord me faire accepter au niveau de l’UMP et j’ai la conviction que je peux mener ma révolution en interne. Et si je n’ai pas de soutien de personnalités politiques de l’UMP, j’ai rencontré beaucoup d’intérêt de la part des adhérents de l’UMP qui veulent un renouvellement de têtes.

Puis face au maire actuel, je dois être force de proposition, prouver aux Lyonnais qu’on peut changer les choses, on peut renouer avec son identité lyonnaise sans tomber pour autant dans le discours identitaire. Pour ce faire on doit parler avec les Lyonnais, c’est pourquoi j’ai fait tous les marchés, notamment pendant les périodes très froides. J’ai compris que pour que ma campagne réussisse il fallait aller au-delà des marchés dans les quartiers populaires je suis donc sorti de mon quartier de Perrache, j’ai été voir ailleurs, sonner aux portes, rencontrer les Lyonnais, me faire connaître et surtout les écouter. Que me disent-ils ? Qu’ils veulent trouver une place en crèche pour leurs enfants, que quand ils posent leurs enfants à l’école les enseignants ne soient pas en grève. C’est à partir de ces discussions que j’ai élaboré les cinq piliers de mon engagement : l’enfance, le logement, la lutte contre la grande pauvreté, l’innovation et la culture.

CLIC : Pour revenir sur la question du social, dans le cadre du projet Lyon Métropole, la métropole récupérera la question du social jusque-là essentiellement réservée au département. Comment vous positionnez-vous face à cette super métropole qui regroupera une soixantaine de communes ?

Cette démarche est une fois de plus la démonstration qu’on est dans un mode de gouvernance qui n’est pas la démocratie lyonnaise. Est-ce que les Lyonnais ont été consultés sur cette question ? Ce n’est pas un moindre sujet, c’est une question de gouvernance de la ville et des villes. Qu’est-ce que c’est que ce projet qui sort d’une décision entre deux personnes, Gérard Collomb et Michel Mercier ? On aurait dû consulter les Lyonnais et on ne l’a pas fait sur des questions qui modifient leur rapport avec les élus. C’est une trahison démocratique donc je refuse de m’intéresser au contenu du projet car en amont personne n’a été consulté sur le sujet.

CLIC : Dans les cantines scolaires de la ville, un rapport du Groupement national de la restauration pointe le fait que 2,7 tonnes d’aliments sont jetées par jour. Soit 360 tonnes par an. Comment peut-on lutter contre ce gaspillage ?

C’est inacceptable. Il faut mettre en place les plate-formes alimentaires qui permettent de recueillir, via des associatifs, des produits périmés dans des grandes chaînes de distribution. Là il y a un terrain à occuper. Je ne comprends pas que les associatifs ne soient pas présents. Je pense à des enfants qui n’ont rien à manger. J’habite rue d’Enghien et cet été il y avait un campement Rom place Carnot. J’y suis allé, il y avait Médecin du monde et j’ai vu la distribution de lait. J’ai vu des enfants se jeter sur les litres de lait, disant qu’ils avaient faim. Et quand j’entends ce que vous me dites, je suis outrée, c’est inacceptable, c’est immonde. J’appelle les associations, qu’elles puissent occuper le terrain. Que cette perte alimentaire n’ait pas lieu, qu’elle se retrouve dans les ventres et non dans la poubelle.

CLIC : Richard Delauzun, secrétaire général de la CGT à la ville de Lyon, considère que le problème viendrait du mode de fonctionnement des cantines lyonnaises qui privilégie trop les selfs car ces derniers permettent d’accueillir plus d’élèves de façon plus rapide. Ne faudrait-il donc pas supprimer les selfs ?

M.P. : C’est une question technique que vous me posez. Un maire ce n’est pas un technicien. Si je me suis engagée en politique c’est avec une vision, une conscience. Il y a une mise en musique à opérer avec tous et toutes. J’ai déjà dit que ce gaspillage était inacceptable. Après sur la question technique si j’étais maire de Lyon je poserais la question à mes techniciens. Il y en a beaucoup à la mairie.

CLIC : Pour conclure sur l’école primaire, que pensez-vous de la remise en question de la semaine à 4 jours ? Si vous êtes maire l’appliqueriez-vous dans la ville ?

M.P. : Encore une fois je questionnerais mes techniciens. Cela dit, étant maman de deux enfants (j’ai une petite fille de 5 ans et un fils de 8 ans), je constate qu’on arrête pas de toucher aux rythmes scolaires. Excusez-moi, mais qu’on foute la paix aux enfants ! Qu’on les laisse tranquille, ça suffit ! Ils ont déjà bien assez à faire : c’est pas évident une journée d’école pour un enfant.

Ensuite, plus on modifie les rythmes plus se pose la question du financement du péri-scolaire. Il va donc falloir être très prudent sur cette question car cela peut être très coûteux. Voyons ce qu’il en est des deniers publics avant tout changement.

CLIC : Vous nous avez dit avoir énormément fait les marchés et discuté directement avec les Lyonnais. Une de leurs préoccupations principales est l’avenir économique : vont-ils garder leur emploi ? Une des fonctions d’un maire est d’améliorer l’attractivité économique d’une commune. Avez-vous des idées innovantes par rapport à cette question ?

M.P. : Oui j’ai plus que des idées innovantes, j’ai surtout une expérience puisque je suis une ex-directrice des partenariats sociaux-économiques pour l’université Claude Bernard Lyon 1. J’ai eu la chance de travailler avec le docteur Alain Bonmartin, président de l’Université Lyon 1, qui m’avait confié pour mission de croiser la recherche publique et privée. J’ai donc eu accès à tous les acteurs économiques de cette ville, notamment des PME, PMI et des petits commerces. On a un gisement d’emplois et il faut vraiment accompagner le petit commerce de centre-ville. Sur la question des PME et PMI j’ai eu la chance de rencontrer François Turcas et de travailler avec le Conseil Economique et Social de la Région Rhône-Alpes. Ce dernier m’a dit qu’en région on avait peu de grandes marques mais un tissu industriel très riche et au niveau lyonnais je me suis rendu compte en participant à des réunions avec des entrepreneurs, qu’on a beaucoup de PME et PMI avec à leurs têtes un dirigeant qui a plusieurs casquettes : il doit s’occuper des questions d’innovations, de la gestion et il doit vendre ses produits. C’est difficile à assurer et il faut donc travailler à l’insertion des docteurs en entreprise. L’avenir des PME et PMI se joue avec les universitaires. Il faut, pour qu’une entreprise se développe, qu’elle sache innover.

Enfin, je voudrais parler d’un projet personnel. Il y a environ dix ans je m’étais beaucoup intéressée à une expérience menée au Japon : la construction d’un grand dôme, reconstituant une piste de ski artificielle. En regardant de près le foncier à Lyon, on pourrait peut-être développer le même projet dans l’agglomération car il y a une carte à jouer au niveau loisirs qui permettrait de développer des emplois et le culturel aussi. Le culturel c’est extrêmement important. À Confluence on aurait pu jouer une carte avec des acteurs culturels qu’on auraient pu réunir autour de la table pour savoir comment concevoir la culture à Lyon. Je voudrais vous parler d’un grand monsieur, peu connu, Alexandre Legénie, qui a démocratisé en son temps, la musique classique. À la Belle époque il y avait des kiosques à musique sur la place Bellecour. Si on met les moyens sur la culture on pourrait développer une économie génératrice d’emplois.

CLIC : À propos de culture, et afin de vous connaître un peu mieux, quels sont les salles et les lieux culturels que vous fréquentez, à Lyon ?

J’en fréquente peu. Mais quand j’étais à Saint-Fons j’ai rencontré un grand monsieur : Jean-Claude Guillaumon. Il est extrêmement connu c’est un artiste dans le domaine de l’art contemporain. Ce que j’ai appris avec lui c’est que, finalement, le but de la culture c’est de créer du lien. Ce qui me plaît dans l’art contemporain c’est que lorsqu’on regarde une œuvre, on ne sait pas vraiment de quoi il s’agit et c’est intéressant parce qu’on crée du dialogue, dès le premier abord il y a un questionnement. L’artiste, que je respecte beaucoup, est un média dont le but est de créer du lien entre les gens, construire des passerelles. Bref, je ne suis pas quelqu’un qui va à l’opéra, qui va dans tous les musées. Mais j’ai des idées importantes et fortes sur la culture. Je m’inspire d’André Malraux qui avait cette idée de musée imaginaire, c’est-à-dire la possibilité pour chacun d’accéder à la culture. La culture doit être une culture pour tous, qui sort des musées, qui va dehors, qui va dans la rue, accessible à tous. C’est pour cela que dans mon idée de ce que pourrait être une ville qui ferait rêver les Lyonnais il y a cette proposition de faire en sorte qu’on utilise la culture comme un média, qui va créer du lien avec chacun et permettre de renouer le dialogue. Je pense que l’art contemporain est extrêmement important. Quand je vois la place Bellecour j’imagine qu’il faudrait lui redonner la splendeur de la Renaissance, qu’il y ait des artistes qui viennent en permanence et qu’on dise à chacun que la culture est faite pour lui, qu’elle n’est pas réservée à une élite, à une classe.

CLIC : Lyon base sa politique culturelle sur les grands événements : biennale de la danse, biennale d’art contemporain, Festival Lumière, etc. Que pensez-vous de cette politique culturelle ?

M.P. : Personnellement, je ferais complètement autre chose car, encore une fois, pour moi la culture se rapproche de la conception de Malraux, elle doit aller vers chacun, c’est un mode d’expression, de communication. Et je n’ai pas vu ça à Lyon. La culture ce n’est pas de l’événementiel ou du marketing. C’est des convictions, des valeurs, du dialogue. Bien évidemment, si à l’occasion des Nuits sonores, les gens sont contents, se rassemblent et peuvent discuter, tant mieux. Mais ce n’est pas ce que j’ai vu.

CLIC : Vous ne soutiendrez pas ce genre de projet ?

M.P. : Non, je dis que la culture c’est beaucoup plus que ça. Il faut déjà penser la culture, penser des modes de communication nouveaux. Il faut recréer du lien entre chacun, et créer du lien entre générations aussi.

CLIC : Concrètement comment créer ce lien ? 

M.P. En utilisant l’art contemporain. C’est-à-dire faire en sorte que les gens puissent dialoguer. Ce n’est pas de l’amusement la culture. Tant mieux si on peut se faire plaisir en écoutant en peu de jazz (en plus j’aime bien ça) mais c’est beaucoup plus que ça, c’est une mise en dialogue.

CLIC : Culture pour tous, certes, mais mariage pour tous ?

M.P. Je suis juriste de formation et j’affirme qu’on s’est complètement trompé. J’ai des amis homosexuels qui m’ont dit : « Qu’est-ce que c’est que ce mariage qu’on nous propose ? D’où ça vient ? ». Reprenons les choses du début. Le législateur a crée le PACS, il a été réformé à deux reprises. Pourquoi on ne l’a pas réformé une 3e fois ? Si la question est celle des enfants, on pouvait ni plus ni moins qu’utiliser le PACS, une institution qui était conçue comme un quasi contrat de mariage, ce qui n’est pas rien. Pourquoi on n’est pas allé plus loin ? Qu’est-ce que c’est cette marchandisation de la vie politique qui consiste à mettre dans un programme politique quelque chose qui correspond à une minorité élective ? Je ne suis pas d’accord avec ça.

CLIC : Vous avez manifesté contre le mariage pour tous ?

M.P. J’y suis allée, absolument, je suis complètement décomplexée. Parce que ce n’est pas une solution, c’est n’importe quoi. Qui en paie le prix aujourd’hui ? C’est notre démocratie. Dépassez la question du mariage homosexuel parce qu’il y a des questions beaucoup plus profondes.

CLIC : Si vous êtes élue maire est-ce que vous procéderez à des mariages homosexuels ?

M.P. : Non, absolument pas. J’ai des amis qui se sont pacsés, qui ont fait une cérémonie qui s’est très bien passée, j’y suis allée avec ma famille. Je ne suis pas d’accord pour célébrer des mariages homosexuels. Le fait de marier des homosexuels ça veut dire que j’adhère au choix du législateur. Aujourd’hui le législateur est un fossoyeur. Madame Taubira est un fossoyeur d’idée. Ce projet de mariage on ne sait pas d’où il vient, il vient d’une minorité. Je refuse cette façon de faire de la politique en répondant à des minorités. Les homosexuels se sont toujours distingués des hétéros, ils se sont toujours inscrits à contre-courant, et aujourd’hui on veut nous faire croire qu’ils veulent se marier comme les hétéros mais c’est un mirage. Ceux qui croient à ça sont complètement à côté de la réalité. Il y a une question philosophique extrêmement importante sur cette question, en lien avec la GPA et la PMA, dans un champ qui concerne l’homme et sa conscience : qu’est-ce que cela va être une filiation asexuée ?

CLIC :En marge des manifestations contre le mariage pour tous, il y a eu des violences que l’on pourrait attribuer à des personnes en marge du mouvement. Que pensez-vous de l’émergence de la figure médiatique d’Alexandre Gabriac des Jeunesses nationalistes ?

M.P. : Je ne le connais pas du tout. Mais je vous ai dit que mon papa était de confession juive, donc tout ce qui est identitaire, nationaliste, etc. il faut pas m’en parler.

CLIC : Pour rejoindre un peu ce sujet, le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, publié en mars, note une augmentation des actes antisémites de 58% et une augmentation des actes contre les musulmans de 30%. Par ailleurs, un sondage CSA, paru dans Le Monde du 22 mars, rend compte du fait que 66% des personnes interrogées estiment qu’il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France : 22 points de plus qu’en 2009.

M.P. Il y a trop d’immigrés en France ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Je voudrais dire que je respecte toutes les croyances. Deuxièmement, je n’accepte pas que des personnes puissent avoir peur et soient discriminées à raison de leur origine ou de leur lieu d’habitation. À Saint-Fons il y a un véritable melting-pot embrassant toutes les origines et pour avoir discuté avec des jeunes, je sais qu’ils sont fortement discriminés, même s’ils sont diplômes. Je n’accepte aucune forme de discrimination. Je n’accepte aucune forme d’antisémitisme, de rejet de l’autre, de discours identitaire.

CLIC : Et parmi les solutions proposées, êtes-vous pour la multiplication des cameras de vidéo surveillance en ville ?

M.P. : C’est très clair, je l’ai déjà dit : s’il faut mettre deux policiers par rue avec des caméras de surveillance, je le ferai. La sécurité de chacun c’est ne pas avoir peur de ses origines, de son identité. Le candidat sortant de la ville de Lyon a été le premier à expérimenter les caméras de vidéosurveillance et à armer la police à Vaise.

CLIC : Beaucoup de rapports notent cependant l’inefficacité de la vidéosurveillance : selon un rapport de la Chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes, les caméras de vidéosurveillance permettent, en moyenne, une arrestation par caméra et par année. 200 arrestations, pour 219 caméras, comparées aux 20 604 actes de délinquance dits de voie publique… Ne pensez-vous pas qu’il vaut mieux investir dans l’humain (police municipale, médiateurs…) que dans les caméras ?

M.P. : Mais bien sûr. Je connais très bien le monde des éducateurs spécialisés. Je fais un peu le parallèle avec l’hébergement d’urgence : les travailleurs sociaux sont très importants, car c’est de l’accompagnement en amont. Il faut être dans le qualitatif, travailler au cœur des quartiers. Il faut le faire rêver ce cœur. Et je vois des initiatives intéressantes : certains ont la volonté et l’intelligence d’innover par rapport à eux-mêmes, par rapport à leur sort, et je les respecte beaucoup, je les salue, je trouve cela formidable.

CLIC : Une dernière chose : pour les gens qui souhaitent vous rencontrer, vous posez des questions, comment peuvent-ils faire ?

M.P. : Ils peuvent passer par la boite mail de mon blog (myriampleynard2014.fr) ainsi que me téléphoner au 06 95 12 02 57. J’ai la prétention de modifier la gouvernance de la ville de Lyon. Il y a une grosse attente de ce point de vue là. Donc ça veut dire que je dois me mettre en dialogue avec les Lyonnais, voilà pourquoi je donne mon numéro de téléphone. Mais évitez de tous m’appeler en même temps. Venez à ma rencontre, je vais à la vôtre. Je suis là pour vous avec tous les Lyonnais.

Merci à Myriam Pleynard.

Entretien réalisé par Jean-Philippe Bonan (Sens Public), Syvain Métafiot (Forum de Lyon - Mankpadère), Sylvain Ortéga (Free Landtz), Sébastien Gonzalvez (Lyon Bondy Blog)

Technique Radio : Patrice Berger

Retranscription de l’entretien : Jean-Philippe Bonan