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Mission sur la RNT de David Kessler : rapport d’étape sans réponse

Missionné par le Premier Ministre pour une mission sur la radio numérique terrestre, David Kessler a rendu un premier rapport d’étape traçant les grandes lignes du paysage radiophonique face aux enjeux du passage au numérique.

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Il y a eu le rapport Hamelin, sur le financement des radios associatives en vue du passage au numérique. Il y a eu le rapport Tessier, fervent défenseur des grandes radios privées nationales et anti-RNT convaincu. Il y a désormais le rapport de David Kessler, notamment ancien directeur de France Culture, qui vient de rendre une première étude.

Les enjeux

Cette question du passage de la radio au numérique est décidément bien complexe. Si la RNT voit le jour, elle sera le fruit d’un long et difficile accouchement. Ce "rapport d’étape" a le mérite de tracer clairement les positions des grands acteurs de la radio : familles de radios - associatives, indépendantes ou privées nationales - diffuseurs, fabricants et même la position de l’association pour la promotion sociale des aveugles et des malvoyants. On ne peut toutefois que remarquer l’absence du point de vue du CSA (alors que celui-ci défend ardemment le lancement rapide de la RNT). Parmi les acteurs de la radio cités, tous sont pour la RNT, sauf les radios privées nationales (et Skyrock).

Les enjeux de la RNT sont traités de la manière la plus objective possible, selon un plan dialectique d’une rare simplicité : les arguments pour/contre la RNT, pour/contre la radio par IP mobile (internet mobile). Le rapport aborde ensuite la situation des autres pays européens (Espagne, Allemagne, Danemark) où la RNT a été mise en place avec des succès divers.

Sur l’analyse des enjeux et stratégies en cours autour de la RNT, lire : Avenir de la radio : la Radio Numérique Terrestre en questions

et La RNT aura-t-elle lieu ?

La bande FM

Pour l’avenir de la bande FM, tant les radios privées nationales, que les radios associatives souhaitent la préserver. Le rapport Kessler affirme qu’elle n’offre à l’heure actuelle aucune perspective aux télécoms et donc aucune possibilité pour l’Etat de la "vendre" pour financer le passage au numérique.

La norme

En ce qui concerne la question de la norme technique retenue, David Kessler affirme : "Il y aurait toutefois un intérêt à une évolution vers le DAB+ pour des raisons de coûts et de coordination européenne." La norme retenue actuellement est le TDMB. Mais celui-ci ne serait utilisé que par la France et est beaucoup plus onéreux que le DAB+.

Autre incidence du DAB+ :un accroissement du nombre possible de radios. D’où la crainte des grand groupes privés de voir arriver une concurrence dont ils se seraient bien passé. D’autant que quelques groupes de radios indépendantes frappent depuis longtemps à la porte de la bande FM dans de nombreuses villes. Craintes aussi de certains acteurs associatifs d’une possible raréfaction des ressources publiques.

En tout état de cause, la RNT serait un gain réel pour nombre de zones géographiques qui verraient jusqu’à tripler leur offre de radios pour l’instant assez restreinte.

Contraintes et conditions

Les deux dernières parties du rapport sont consacrées aux contraintes et à la faisabilité de la RNT. Contraintes principalement économiques, tant au niveau des radios que de l’Etat.

Pour David Kessler, il est nécessaire de réunir un certain nombre de conditions pour réussir le lancement de la RNT : la rendre attractive pour le public, diminuer son coût et faciliter le processus par des incitations financières publiques.

La conclusion de David Kessler ne prend aucune position et se contente de poser une série de questions qu’elle donne comme préalables à la poursuite de l’analyse :

"du côté de l’Etat, y a-t-il une volonté de lancer la RNT, ce qui suppose une mobilisation minimale de fonds publics et, à l’instar, de ce qui s’est fait pour la TNT, une campagne de sensibilisation du public ?

- le CSA est il aujourd’hui en état de lancer la RNT sur un nombre important de zones et out particulièrement sur les zones aujourd’hui mal couvertes en matière radiophoniques ?

- les fabricants sont ils prêts à lancer de façon importante des chaînes de fabrication de RNT allant du bas au haut de gamme afin de rendre ces nouveaux postes attractifs pour les auditeurs ?

- l’opposition des radios généralistes au projet de RNT peut elle aller jusqu’à les conduire à ne pas répondre aux appels à candidatures qui seraient lancés par le CSA, ce qui diminuerait l’attractivité de l’offre pour le consommateur ?

- jusqu’à quel point les diffuseurs sont ils prêts à faire pression sur les coûts pour rendre économiquement le lancement de la RNT sur plusieurs zones plus facile ?"

Cinq questions en tout, que l’on pourrait pourtant réduire à une seule : les grands groupes privés vont-ils enfin accepter la RNT ? Si oui, on peut légitimement penser que la volonté de l’Etat suivra et que les autres questions trouveront naturellement des réponses favorables. Mais le simple fait d’avoir posé cette question comme préalable ne peut-elle aussi avoir pour conséquence de légitimer davantage encore la position de blocage adoptée par les grands groupes privés ? Une manière, en tout cas, de les placer au pied du mur d’une lourde responsabilité...

Thierry Borde

Lire le rapport d’étape de David Kessler


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