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Rencontre Régionale de la Démocratie Participative : Les enfants du paradis prennent la scène

Forum participatif à la Région : Quelle démocratie participative pour quelles transformations ?
Quelques 700 citoyens, membres d’associations, de syndicats et d’élus se sont rassemblés au siège du Conseil Régional de Rhône-Alpes samedi 29 novembre pour un grand forum. L’objectif : partager des expériences et des regards et construire ensemble une réflexion pour lutter contre la précarité et la pauvreté. Une initiative rare et originale où chacun a pu prendre la parole sur un pied d’égalité. Pour le plus grand bien de la démocratie. Lire la suite

Chaises musicales au Conseil Régional

Ils ont pris la parole dans les fauteuils des élus. Le symbole est fort pour cette journée de participation citoyenne organisée par la Région Rhône-Alpes. Pour François Auguste, conseiller régional délégué à la démocratie participative et organisateur de l’évènement, le constat est simple. "Il y a un fossé entre les élus et les citoyens". Il s’agit de "créer les conditions pour que les précaires et les pauvres puissent avoir la parole et débattre avec les élus et les associations." La Région a ainsi voulu recueillir l’expérience de personnes touchées par des difficultés économiques et sociales dans le but de générer des solutions adaptées aux réalités. Mais surtout de donner la parole à ceux qui sont dans l’ombre.

Il ne s’agit pas d’une première pour la région. La participation citoyenne est un cheval de bataille depuis le début du mandat de J.J. Queyranne (même si le budget qui y est consacré est parmi les moins importants). Une initiative consacrée à la démocratie participative s’était tenue en région en 2007 avec les Rencontres Mondiales de la Démocratie Participative. C’est alors qu’avait germé l’idée de rencontres entre citoyens, associations et élus sous l’impulsion de la MRIE, la Mission Régionale d’Information sur les Exclusions. Une idée collégialement méditée avec pour objectif "d’en faire (de la Démocratie Participative), en même temps qu’on en cause", pour résumer avec Emilie Bret, chargée de la coordination des Rencontres et qui insiste sur la "co-élaboration" des Rencontres par tous les participants. Mais l’originalité de cette Rencontre réside aussi dans la présence des citoyens dit "non-engagés". Pour Sylvie Chevalier, membre du réseau associatif "K’Ôse Toujours", "co-élaborateur" de la Rencontre, ce dialogue s’imposait : "Les politiques connaissent bien les questions en théorie mais en pratique, rien. La connaissance du terrain et le savoir des experts doivent s’apporter mutuellement. C’est ça la vraie démocratie".

Un forum au pluriel : ambiance

Pour cette Rencontre, membres d’associations, élus et citoyens "tout court", semblent tous partager un sentiment commun : le manque. Manque d’espaces d’expression et d’échange, manque de confiance, manque de lien social, manque d’informations, manque de solutions, sentiment de ne pas exister socialement. Un manque qu’ils tentent de combler en ce samedi de novembre.

Quand on est citoyens, précaires et/ou pauvres, on ne partage pas qu’un petit "pouvoir d’achat", mais aussi un petit accès à l’espace public. C’est le cas de Jean-Philippe, paysan en Rhône-Alpes courroucé par l’économie productiviste qui règne, autant que par le sentiment d’isolement où le plonge la démocratie représentative. "Les produits et le marché ont pris le dessus sur l’homme. Les politiques disent préserver la ruralité, mais nous ne sommes pas assez rentables et finalement sacrifiés au profit du profit. Nous les paysans, nous sommes sans voix et très seuls", confie t-il lors des discussions de l’atelier des 100, dédiés notamment aux sans-voix. Ses mots résonnent comme un appel au secours à ses concitoyens. Il suscite d’ailleurs l’émotion dans l’assemblée.

Plus tard, un autre sans voix prend la parole. Une femme, la quarantaine. Son visage s’illumine de fierté. Elle est SDF et vient prendre sa place dans la tribune. Elle se présente "citoyenne", rejette les "filtres" - syndicat, association ou élus - et réclame le droit d’exprimer ses besoins par elle-même, pourvu qu’elle soit entendue. Dire et être écoutée sans être préjugée semble déjà jubilatoire. Venir dans l’espace public et sortir de la marge, de l’ombre. Les séniors aussi sont venus pour cela. Rose a une bonne soixantaine. Elle est bénévole auprès de personnes âgées au sein du Centre Communal d’Action Sociale de Bourg Saint Maurice (73, Savoie). Elle est venue porter la voix de ce public peu visible qu’elle connait bien. "Je trouve que les personnes âgées sont beaucoup laissées de coté. A mon niveau, je ne peux pas faire beaucoup, mais j’ai voulu témoigner de ce que je connais. Pour moi, la démocratie participative c’est transmettre sa connaissance du monde pour qu’on puisse agir ensemble vers un monde plus juste. J’espère que participer aujourd’hui permettra qu’on leur vienne en aide". Ainsi, les voix citoyennes sont plurielles mais chacune prend une tournure collective.

Du coté des professionnels du social - travailleurs sociaux, associatifs, syndicats,... - on raconte ses difficultés, ses expériences. On échange ses colères, ses besoins, ses constats, ses espoirs. Parfois quelques conseils. Et l’on veut travailler ensemble pour construire une réflexion collégiale et progresser ensemble. "Les forces politiques se gèrent en terme de rapport de force. Le peuple a perdu en vigueur mais ce serait une erreur de ne pas investir le politique", insiste Annie, militante syndicale. Telle sera une des conclusions de l’atelier des 100 : "Il ne faut pas se limiter aux espaces donnés mais organiser la résistance", soutiendra Agnès Voisin. Le discours peut-être mobilisateur mais se veut aussi et surtout responsabilisant. "Le participatif permet de sortir de la peur de parler, surtout pour ceux qui ne sont pas des professionnels. Il s’agit d’intégrer les gens à la prise de parole. Que chacun se prenne en main", conclue Mickael Rodrigues, membre du conseil d’administration de la MJC Mandela (Valence). Tous se veulent volontaires et prêts à investir le politique. Et chacun veut y mettre du sien pour rendre le dialogue possible.

Les élus présents, conscients du fossé qui les sépare des citoyens, se veulent "alliés" du citoyen. Jean-Claude Thomas, conseiller municipal à Heyrieux (38, Isère) résume bien cette volonté : "Il faut que les citoyens considèrent leurs élus comme des partenaires. Tous ceux qui sont ici sont venus trouver des solutions avec eux".

Entre les échanges, quelques amuseurs publics - un crieur (celui de la Croix-Rousse, bien-sûr, ndlr), un slameur, des musiciens - contribuent au ton convivial voulu pour cette journée. L’effervescence est positive. Dans les ateliers, les échanges fusent, mais sans cacophonie. Pour certains la parole est aisée. Pour d’autres, on tâtonne, on s’emmêle, on n’a pas l’habitude. Puis l’on prend confiance et l’on s’y jette à nouveau. On y prend goût. Pendant que chacun apporte son témoignage, un rapporteur consigne quelques enseignements et propositions sur son calepin. Ainsi, les paroles restent et pourront nourrir - peut-être - une action commune.

Bilan et perspectives ?

Il serait ambitieux de prétendre faire la synthèse de cette effervescente journée de discussion en quelques lignes. Mais l’on peut souligner l’enthousiasme visiblement partagé par tous de s’impliquer dans cet échange citoyen. Même les quelques sceptiques ont apprécié la démarche. Pour Marie Claire de l’Association "Femmes SDF" le participatif "est une tarte à la crème" qui ne résout rien. Mais elle admet que la rencontre a été positive pour les plus fragiles. "C’est bon pour l’estime de soi de pouvoir s’exprimer sans être rejeté [...] Participer c’est exprimer son envie avec d’autres, apprendre que son histoire n’est pas unique et rétablir des solidarités. Quand on travaille ensemble, on s’inquiète les uns pour les autres". La solidarité passe aussi par la parole. Ce fut le cas entre les acteurs sociaux, les précaires et les plus pauvres à travers ce forum. Reste à inventer les moyens d’impliquer les autres citoyens - non précaires, non pauvres, et non militants - dans cet échange pluriel. Que la démocratie s’étende à tout le monde. Car la démocratie est un effort et c’est l’effort de tous.

Au final pour les organisateurs, le rendez-vous n’est pas révolutionnaire mais néanmoins réussit. "On n’a pas eu de révélation miracle pour résoudre les problèmes", résume Yvon Condamin, le président de la MRIE au micro des radios associatives . "Mais l’important c’était la démarche : jouer sur la compétence des associations et aller chercher les citoyens. On a voulu dépassé le rapport avec un citoyen en demande pour les mettre en situation d’acteurs, d’égal à égal".

Du coté de la Région, on annonce que les initiatives participatives devraient être pérennisées. François Auguste envisage d’envoyer un compte rendu au Préfet de Région ainsi qu’aux parlementaires. Il souhaite en communiquant donner une "fonction d’interpellation" à cette rencontre et espère voir se multiplier les espaces participatifs aux quatre coins de la France. En région, il s’agit de continuer à tisser une coopération avec les associations. Ce réseau devrait pouvoir compter sur un soutien financier de la région. Cette dernière évoque par ailleurs la création de lieux d’échanges dans les huit départements de Rhône-Alpes.

Pour le Conseiller Régional ce n’est qu’un début. Son rêve silencieux est plus ambitieux. Il avoue dans son discours de clôture "J’espère qu’un jour il y aura une élaboration citoyenne des lois". Le souhait n’est pas nouveau. Mais dans une société où la logique marchande pervertit un peu plus chaque jour le lien social, il devient urgent de faire reculer la passivité des consommateurs-citoyens. Que le "système" soit moins consommé que co-construit dans des espaces ad’hoc par des citoyens responsables, volontaires et solidaires. Que d’ambitions... Reste à chacun de s’en donner les moyens.

Aurélie Marois


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