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Le rapport Kessler n’enterre pas la RNT

Mercredi 11 mai 2011, David Kessler a rendu public le rapport sur la Radio Numérique Terrestre que le Premier Ministre lui avait commandé l’an dernier. "Enterrer la RNT serait sans doute absurde", écrit-il en conclusion, "constater que les temps ne sont pas mûrs n’interdit pas d’observer et d’agir."

Le conseiller d’Etat propose un moratoire de deux ou trois ans qui laisserait la place à l’observation et à l’expérimentation. Un rapport qui semble au final assez raisonnable face aux impasses rencontrées jusqu’ici, ouvrant aussi de nouvelles pistes de réflexion tout en réaffirmant l’intérêt de la RNT.

Les onze pages du rapport Kessler suffiront-elles à débloquer les impasses et les conflits bloquant aujourd’hui toute avancée de la Radio Numérique Terrestre en France ? Il s’y emploie en tout cas, avec pour ambition de : "de synthétiser les enjeux actuels alors que la situation ne cesse d’évoluer, de tirer les conséquences des débats et des tentatives passées, et de proposer en tout état de cause de ne pas fermer la porte."

Maintien de la bande FM et diffusion multiple

C’est par un point nouveau dans la série d’analyses "officielles" qui ont été produites jusqu’ici, que ce rapport commence : la nécessité de conserver à plus ou moins long terme la diffusion FM analogique, à l’image des longues ondes ou ondes moyennes qui n’ont pas été désertées par les radios malgré le succès de la FM.

Pour David Kessler, cette nécessité d’une diffusion multiple engendre les problèmes économiques bloquants. En effet, une diffusion multiple a un coût économique pour tous les acteurs. Les grandes radios commerciales s’opposent à la RNT car elles ne voient pas la possibilité de rentabiliser ces coûts supplémentaires. Les autres radios privées (associatives, réseaux multi-ville...) souhaitent le passage à la RNT mais ne peuvent le faire sans le soutien financier de l’Etat.

Impasse sur le financement de l’Etat

Pour que le projet soit économiquement possible il faudrait alors que l’Etat en finance une partie substantielle en aidant toutes les radios y compris commerciales : "Du point de vue de l’Etat, le financement de la RNT se pose donc triplement : une augmentation des ressources de la radio publique ; une augmentation de la dotation affectée au FSER ; et une aide éventuelle aux radios commerciales. A cela s’ajoute, comme pour la TNT, une éventuelle participation aux efforts marketing de lancement de la RNT."

Mais l’Etat, à travers ce rapport, réaffirme une position de principe : "Les pouvoirs publics, même s’ils ont rappelé leur attachement de principe au développement du numérique, ont confirmé que leur investissement, compte tenu du contexte économique, ne pourra aller au-delà de ce qui est prévu : soutien au service public via la redevance, soutien aux radios associatives via le Fonds de soutien. En aucun cas, le grand emprunt destiné à des technologies numériques innovantes ne pourrait être utilisé pour lancer la RNT." (La piste du grand emprunt avait été proposée par le SIRTI il y a quelques mois)

RNT - Internet : vers une solution hybride ?

Rappelant les arguments des "pro" et des "anti" RNT, David Kessler revient sur la critique selon laquelle la RNT serait une technologie déjà dépassée par la puissance de l’internet et la radio par IP. A cet argument, il oppose une solution hybride fondée sur la complémentarité des technologies : "A vrai dire, de la même manière que chacun insiste aujourd’hui sur la marche inexorable de la TNT vers la télé connectée, c’est là un argument qui plaide plutôt en faveur de la RNT : à l’instar de la télévision, la radio numérique pourrait combiner la réception hertzienne et des fonctions par voie IP (hypothèse souvent développée dite de radio hybride). C’est la voie par exemple que la Communauté francophone de Belgique est en train d’explorer."

Repenser la norme

De la même manière, le rapport ouvre une nouvelle porte vers l’adoption de normes techniques plus adaptées. D’une part de nouvelles pistes peuvent être explorées : l’apparition prochaine d’une nouvelle norme DVB-NGH ou la solution satellitaire par exemple. Mais en tout état de cause David Kessler rappelle que "la plupart des travaux européens en la matière préconisent, malgré la création de « puces » multi standards, une norme unique sur le territoire européen qui visiblement serait alors le DAB + (seule la France, il faut le rappeler, a opté pour le TDMB). Nous ne voyons pas l’intérêt de la France à faire cavalier seul en matière de norme."

Les préconisations

Ainsi, un moratoire de deux ou trois ans pourrait permettre de reposer de nouvelles bases de réflexion et d’observer les expériences étrangères. Pour cela, l’ancien directeur de France Culture, préconise la création d’un Observatoire de la Radio Numérique placé sous l’égide du CSA.

De plus, ce moratoire pourrait être idéalement complété par une phase d’expérimentation localisée. Pour lui, la Bretagne constituerait le territoire idéal d’une telle expérimentation.

Hasards de calendriers, coïncidences troublantes : ce rapport intervient juste après le début d’une nouvelle expérimentation lancée à Lyon par la société VDL, sa filiale France Multiplex et quelques stations privées (dont deux associatives : Sol FM et RCF) avec le soutien du CSA... (lire sur mediascitoyens.org : "Seize radios lyonnaises expérimentent la RNT")

Thierry Borde

Lire le rapport Kessler (PDF)
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