MediasCitoyens

La Rumeur : le rap, les pouvoirs publics, la justice et l’histoire

Nouveau pourvoi du parquet après trois relaxes consécutives du chanteur du groupe de rap La Rumeur
Le groupe de rap La Rumeur, poursuivi depuis 2002 par le Ministère de l’Intérieur pour des propos écrits dans un magazine, vient d’être relaxé pour la troisième fois consécutive dans la même affaire. Le parquet n’en a pas moins décidé de faire à nouveau appel...

En 2002, le groupe de rap La Rumeur sort son premier disque, L’Ombre sur la Mesure. Pour en assurer la promotion, il publie un petit magazine distribué gratuitement. Dans ce fanzine, le chanteur Hamé est l’auteur d’un article intitulé L’insécurité sous la plume d’un barbare dans lequel il écrit : "Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété." Il s’agit alors pour lui de réagir aux campagnes électoralistes et médiatiques cherchant à faire de l’immigration la seule responsable de l’insécurité.

Le Ministère de l’Intérieur, alors représenté par M. Sarkozy, décide de porter l’affaire devant la justice pour « complicité de diffamation envers une administration publique, un corps constitué ou l’armée ». Un premier procès a donc lieu et le Tribunal de Grande Instance de Paris décide en 2004 de relaxer le chanteur de La Rumeur. Le procureur (qui avait pourtant lui-même requis la relaxe) fait appel.

2006, nouvelle relaxe par la Cour d’Appel. Mais l’affaire ne s’arrête pas pour autant devant l’évidence et le parquet se pourvoit en cassation. La Cour de Cassation renvoie alors l’affaire devant la Cour d’Appel de Versailles. Le nouveau procès se tient en juin 2008. Le 23 septembre dernier, la cour d’Appel de Versailles confirme de nouveau la relaxe de Hamé.

Par trois fois la justice française a considéré que les propos du chanteur de La Rumeur n’étaient pas condamnables. Qu’importe. L’Etat a décidé le 26 septembre de se pourvoir en Cassation...

Loin d’être thérapeutique, cet acharnement est représentatif d’une opposition régulière, par voie de justice, entre les pouvoirs publics et le monde du rap...

Entre liberté d’expression et licence artistique, Hamé préfère parler de vérité historique qu’il s’agit de faire reconnaître. Alors que les pouvoirs publics souhaitent interpréter ses propos à l’aune des évènements qui ont marqué nos banlieues depuis 2002, le rappeur se réfère quant à lui à toutes les exactions policières de ces dernières décennies. Nombre d’intellectuels et d’historiens sont venus au secours de Hamé. Notons à leur suite qu’il suffit de rappeler par exemple le massacre du 17 octobre 1961 (manifestation pour l’indépendance de l’Algérie réprimée par les forces de police alors dirigées par le Préfet Maurice Papon) pour justifier la véracité historique des propos du rappeur...

Cet incompréhensible acharnement à vouloir voir le chanteur condamné est symbolique de la complexité des rapports que l’Etat entretient avec son histoire autant qu’avec les enjeux sociologiques actuels. N’a-t-il pas fallu attendre les années 90 pour regarder en face la réalité de la France de Vichy ? Le travail historique autour de la guerre d’Algérie ne se fait-il pas aujourd’hui dans la douleur ? Les pages sombres, quelles qu’elles soient sont difficiles à tourner. La société française n’aime pas avoir mauvaise conscience et le silence médiatique autour de cette affaire en est une preuve supplémentaire...

T.B.

Toutes les données sur l’affaire, ainsi qu’une pétition de soutien sur le site de La Rumeur


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1243950

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Le monde d’ici et d’ailleurs  Suivre la vie du site Cultures  Suivre la vie du site Divers   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License