MediasCitoyens

L’OAI-PMH, un protocole au service des acteurs culturels et des territoires

Suite des réflexions des médias associatifs rhônalpins autour de la question numérique : la vision de Patrice Berger, Co-Président de la CRANC-RA (Confédération des radios associatives non commerciales de Rhône-Alpes) qui prône la mise en place de protocoles d’interopérabilité entre les bases de données des médias et des acteurs culturels et citoyens rhônalpins.

Contribution des radios associatives au débat sur le numérique et la culture.

Qu’il s’agisse des possibilités ouvertes par la numérisation des document et des processus, et de celles que permettent les différents usages de l’internet, les médias associatifs et tout particulièrement les radios associatives les expérimentent et les mettent en débat depuis de nombreuses années.

Elles s’inscrivent donc dans la réflexion proposée par la Région Rhône-Alpes, de deux façons :

- en proposant la réflexion qu’elles mènent sur leurs propres pratiques de numérisation et leur propre usage des réseaux

- en donnant de l’information et en organisant des rencontres et des débats avec différents groupes d’acteurs sur les évolutions en cours dans ces domaines.

Elargir les perspectives de confrontations autour du numérique et de la culture

L’initiative de débats entre les praticiens des différents champs de la culture, cinéma, spectacle vivant, musique, livre a été excellente, car dans chacun de ces domaines, la réflexion avait été de longue date menée à la fois sur l’évolution de leurs champs et de ses rapports avec les pouvoirs publics et avec les collectivités et sur les bouleversements que la numérisation et l’internet apportent à leurs pratiques. La confrontation avec d’autres groupes d’acteurs particulièrement concernés reste encore à développer :

- Les associations ou groupes intervenant dans le champ de l’informatique et de l’internet et tout particulièrement du logiciel libre : Certains d’entre eux étaient présents aux rencontres de Lyon et de Saint-Etienne. Il s’agit notamment des Espaces Publics Numériques. Certains d’entre eux travaillent au quotidien avec les équipes de gens de culture pour le développement de leurs projets numériques. Or, une association comme l’ Aldil à Lyon organise depuis douze ans les journées du logiciel libre qui réunissent le meilleur des développeurs internationaux dans le monde du logiciel libre. Mentionnons aussi le rôle fédérateur de la Maison de Grigny et de ses biennales.

- Le monde de l’éducation et notamment les enseignants ou documentalistes des établissements dont certains sont particulièrement investis dans la mise au point de méthodes pédagogiques numériques. La présence à Lyon de l’INRP et de l’ENSSIB rend particulièrement intéressante l’idée d’une relation construite entre la recherche de nouvelles méthodes en sciences de l’éducation et le travail sur le numérique dans le monde de la culture.

- Les services et personnalités investis dans les transformations que le numérique permet de produire dans l’aménagement des territoires. Les travaux menés de longue date dans cette perspective dans le département rural de l’Ardèche laissent bien augurer d’une collaboration sur ce terrain.

Favoriser la publication par les créateurs, par les associations, par les enseignants de la région de documents de qualité facilement repérables sur l’internet

Dans tous les domaines, des documents de qualité sont produits dans notre région : articles scientifiques, collections de photographies, interviews radiophoniques ou vidéo, fictions, didacticiels. Certains de ces documents sont accessibles sous conditions, peuvent être payants, d’autres sont libres de droits, souvent sous contrat creative commons. Quel que soit le statut de chacun de ces documents, s’ils figurent intégralement sur l’internet, ou si ils y sont seulement recensés, leur identification n’est pas facile, car elle est soumise à la logique des moteurs de recherche sur le web qui ne favorise pas l’accès aux documents inscrits dans des bases de données. On a également du mal à hiérarchiser ces documents mais aussi notamment à connaître les droits de reproduction qui leur sont attachés. Depuis quelques années, se développe la conscience de l’importance du « web des données » ou « web sémantique ». Pour favoriser l’émergence d’un web mieux ordonné, favorisant la qualité et les échanges, il s’agit , par des protocoles d’interopérabilité (comme le sont pour l’internet le protocole TCP-IP et pour le web le protocole http) de permettre la mise en relation des descriptifs des ressources d’un grand nombre de bases de données. C’est ce que permet le protocole OAI-PMH, utilisé depuis de nombreuses années dans le monde de la recherche scientifique mais dont l’usage s’est récemment répandu dans le monde de la lecture publique, des archives et de la culture. Dans le même temps, les données décrites par les fiches documentaires interopérables selon le protocole, qui étaient essentiellement des textes ou des données de calcul, se sont diversifiées et s’étendent aujourd’hui à toutes les catégories de documents culturels, images fixes, images animées, sons, didacticiels etc.(1)

Citons l’explication très claire proposée par Guillaume Godet de la Bibliothèque Nationale de France dont la base Gallica est sous protocole OAI-PMH :

« OAI-PMH est le sigle de Open archives initiative - protocol for metadata harvesting, ce qui signifie "protocole pour la collecte de métadonnées de l’Initiative pour les Archives ouvertes".

Le protocole OAI-PMH est un moyen d’échanger sur Internet des métadonnées entre plusieurs institutions, afin de multiplier les accès aux documents numériques. Il permet d’accroître la visibilité des collections numériques sur Internet, de reconstituer virtuellement des corpus à partir de ressources accessibles sur différents sites, d’alimenter des portails thématiques.

Son utilisation est libre, tout comme ses spécifications, disponibles sur le site www.openarchives.org

L’OAI-PMH définit deux types d’acteurs : les fournisseurs de données, qui déposent leurs métadonnées sur un serveur web appelé "entrepôt", et les fournisseurs de service qui collectent (on dit aussi "moissonnent") ces données pour les intégrer à l’index de leurs propres bibliothèques numériques. Un même établissement peut jouer les deux rôles, diffuser ses métadonnées et collecter celles des autres. »(2)

La région Rhône-Alpes a été pionnière dans l’évolution des pratiques de mise en place des fournisseurs de données et des fournisseurs de services travaillant sous ce protocole. Nous disposons en effet à Villeurbanne, installé dans le cadre du centre de calcul de l’ IN2P3, du CCSD (Centre pour la communication scientifique directe), qui a développé en France les archives ouvertes dans le monde de la recherche scientifique. Encore à Lyon, l’ Institut des sciences de l’homme a été pionnier dans le développement des archives ouvertes dans les sciences humaines et sociales avec notamment la base HAL-SHS. L’Université Lumière Lyon 2 a joué un rôle important dans la mise en place de la base de revues en sciences humaines et sociales Persée. L’ ENSSIB, à Villeurbanne a beaucoup fait pour favoriser la réflexion sur les archives ouvertes dans le monde des bibliothèques, des archives et de la documentation.(3)

Les bases sélectionnées dans Calame restent dans le monde académique, mais l’interopérabilité permise par le protocole OAI-PMH ouvre sur des échanges avec le monde de l’éducation et le monde de la vie culturelle et associative. Le rôle des bibliothèques et médiathèques de lecture publique peut être important dans cette ouverture des types de documents et de bases accessibles à l’interopérabilité.

Un exemple de fournisseurs de données dans le monde associatif : les échanges de programmes entre radios.

Un exemple tout récent dans le monde des radios associatives montre la faisabilité pour une structure non académique de la migration sous ce protocole. Le GIP Epra qui favorise les productions et les échanges de programmes entre radios associatives et avec Radio France Internationale à propos de l’immigration et la politique de la ville a récemment adopté le protocole OAI-PMH.(4)

Un exemple de fournisseurs de service à la jonction entre le monde académique et les pratiques sociales : le moissonneur du serveur Créville :

Le moissonneur de Créville, qui s’appelle OAI Ville, moissonne dans un nombre important d’archives documentaires francophones dans le domaine de l’aménagement urbain et des sciences sociales de la ville. Sa consultation donne une bonne idée du fonctionnement pour l’usager.(5)

L’extension des possibilités de créer des serveurs de données sous protocole OAI-PMH mais aussi des moissonneurs pourrait être bénéfique à plus d’un égard dans notre région.

Développement de bases documentaires plus visibles

De plus en plus d’acteurs de notre région ont mis en place des bases documentaires. Les visites dans les grands moissonneurs comme OAISTER(6) montrent que les tailles des réservoirs sont très variables et leurs thématiques très diverses. Une base de donnée sous ce protocole acquiert d’abord une plus grande rigueur due à l’adoption des normes bibliographiques du Dublin Core. Elle trouve, par sa proximité avec d’autres bases de même nature un environnement disciplinaire propice aux meilleures découvertes et aux meilleurs échanges. Le caractère mondial de l’OAI (1408 bases à ce jour dans de nombreux pays)(7) permet de développer des contacts lointains, ce qui a pour effet d’ouvrir les champs d’influence et de relations des auteurs et de développer ce que le sociologue Mark Granovetter appelait des « liens faibles »(8).

Dans le cas par exemple des bases de sons des radios associatives ou des bases de vidéo des télévisions et vidéos de quartier et de pays, la passage sous ce protocole documentaire des bases de chacun des opérateurs ou groupements opérateurs permettrait à la fois, de favoriser leurs échanges entre eux, de normaliser, en coordination avec des juristes, la gestion des droits à l’intérieur de chacune des communautés, de développer la légitimité de ces communautés de pratiques vis à vis de l’extérieur, d’attirer de nouveaux membres.

Développement et diversification des fournisseurs de service

Un fournisseur de service ou moissonneur permet à ses visiteurs de chercher des documents dans les collections des fournisseurs de service de son choix. Sur son site web une radio associative peut ainsi permettre à ses auditeurs de découvrir les ressources proposées par la base documentaire de l’Epra ou par toute autre base de sons en mp3 sous protocole OAI-PMH que cette radio aurait choisi de proposer à ses visiteurs. Mais la radio pourrait donner également à visiter des ressources texte ou vidéo portant sur les thématiques qu’elle choisit de privilégier. Ainsi un moissonneur de radio pourrait donner accès à des articles de recherche en sociologie, histoire, anthropologie, économie, ou à des collections iconographiques, qui permettraient à ses auditeurs de compléter l’écoute des documents sonores moissonnés par la lecture d’articles, de mémoires ou de thèses sur des sujets proches ou par l’examen de dessins, de cartes, de documents scannés. A l’inverse, un enseignant, un lycéen pourrait lier à ses recherches de documents écrits, l’écoute d’interviews ou le visionnement de vidéos. On voit bien l’apport que donnerait le développement de ces outils dans la structuration des connaissances et des communautés de curiosité et dans les apprentissages.

Des synergies nécessaires dans la mise en place de ces outils

La mise en place de nouveaux sites fournisseurs de données, plus tournées vers la jeunesse scolarisée et le grand public pourrait bénéficier de la présence dans la région d’universitaires ou d’informaticiens compétents capables de transmettre les savoirs nécessaires.

Les outils documentaires déjà en place ou en projets dans le monde de l’éducation pourraient trouver dans le développement de nouvelles bases documentaires régionales un enrichissement.

Un auteur qui souhaiterait publier ses travaux, un photographe qui dispose de belles collections qu’il souhaiterait partager, une famille qui souhaiterait faire connaître la mémoire de ses anciens dans une perspective pédagogique et citoyenne, devraient pouvoir trouver dans les bibliothèques et médiathèques publiques les soutiens techniques et juridiques nécessaires.

Les médias locaux pourraient trouver dans ces nouvelles ressources un enrichissement et une pertinence qui à la fois leur permettraient de se rapprocher des populations de leurs territoires et de porter loin la parole des gens de leurs voisinages.

Patrice Berger Co-Président de la CRANC-RA (Confédération des radios associatives nàon commerciales de Rhône-Alpes) ; Vice-Président de MédiasCitoyens.

Notes :

(1) http://calame.ish-lyon.cnrs.fr/ on trouve sur cette page web le recensement des bases de données en sciences de l’homme et de la société, qui fit apparaître l’existence de bases sonores, de bases d’images, et de bases de vidéos

Voir aussi Le mémoire de Mélanie Gauthier http://memsic.ccsd.cnrs.fr/docs/00/33/49/52/PDF/mem_00000629.pdf http://memsic.ccsd.cnrs.fr/docs/00/33/49/52/PDF/mem_00000629.pdf

(2) http://www.bnf.fr/documents/Guide_oaipmh.pdf : Guide d’interopérabilité OAI-PMH pour un référencement des documents numériques dans Gallica

(3) Voici un chapitre de livre, par Muriel Foulonneau, de l’ ENSSIB à Lyon Villeurbanne : Du même auteur : Réseaux d’archives institutionnelles en Europe : logiques de développement et convergences http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/20/50/49/HTML/

(4) site de l’ Epra : http://archives.gip-epra.fr

(5) http://crevilles.org/ http://crevilles.org/mambo/index.php ?option=com_wrapper&Itemid=217

(6) OAISTER http://oaister.worldcat.org/

(7) http://www.openarchives.org/Register/BrowseSites

(8)http://171.67.216.14/dept/soc/people/mgranovetter/documents/granstrengthweakties.pdf


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1550223

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Médias  Suivre la vie du site DOSSIER : Médias et numérique - 2011   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License