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Démocratie Participative

"Il faut inscrire la démocratie participative dans la constitution"

Entretien avec François Auguste, vice-président du Conseil Régional en charge de la démocratie participative
Dans un entretien qu’il a accordé à Mediascitoyens à la suite de la "controverse" du 1er juillet dernier, François Auguste, vice-président du Conseil Régional Rhône-Alpes se montre plus que jamais attaché au développement de la démocratie participative en Rhône-alpes et au-delà...

Mediascitoyens : La région Rhône-Alpes organise une série de débats dans le cadre de la démarche « Rhône Alpes 21 ». Avant de passer dans le vif du sujet de cette première « controverse » concernant la démocratie participative, pourriez-vous nous expliquer ce que représente cette démarche ?

François Auguste : Il s’agit d’un processus de débat public et de délibération de la Région sur les enjeux et prospectives à l’horizon 2021. L’objectif est de débattre avec les Rhônalpins des enjeux démographiques, démocratiques, de la formation, de la recherche, c’est à dire des grands enjeux qui concernent l’avenir de la région et de ses habitants. Nous avions déjà mis en place une démarche similaire en 2005, qui avait été conclue par un film sur les attentes des habitants. Il s’agit donc aujourd’hui d’un nouvel exercice de prospective qui se déroule en trois temps : un appel à initiatives vers les habitants de la région ; aujourd’hui, les controverses ; en octobre et novembre des réunions publiques. Enfin, après ce processus, le Conseil Régional prendra une délibération qui sera une prise de position sur les grands enjeux régionaux en tenant compte de tout ce qui aura été dit au cours de cette démarche Rhône-Alpes 21.

Mediascitoyens : C’est donc dans ce cadre que s’inscrivait cette première controverse réunissant autour de vous Loïc Blondiaux et Pierre Rosanvallon, deux penseurs de la démocratie en général et de la démocratie participative en particulier. Entre les réflexions de ses deux grands analystes que sont Rosanvallon et Blondiaux, comment situez-vous votre démarche en terme de démocratie participative ?

François Auguste : J’ai la chance d’avoir les mains dans le camboui à devoir sans cesse inventer de nouvelles modalités de participation citoyenne... Allier la pratique et la théorie m’a beaucoup apporté aussi personnellement dans mon analyse politique, en particulier sur la crise actuelle de la démocratie représentative...

Mediascitoyens : Nous avons en effet entendu Loic Blondiaux parler des risques de cette démarche participative (l’avènement par exemple de super participants qui deviendraient de nouveaux représentants). Comment faites-vous pour éviter ces écueils dans le développement participatif de Rhône-Alpes ?

François Auguste : Au moins une fois par mandat, il faut faire le point pour éviter cela. Mais Loïc Blondiaux montre aussi toutes les potentialités de la démarche. C’est important, il y a une forte attente des citoyens. Je pense que les élus ont le devoir de répondre à cette attente même si c’est parfois inconfortable... L’enjeu majeur est d’accroître l’intervention des citoyens en amont et en aval des décisions. C’est aujourd’hui un enjeu mondial. C’est pourquoi je pense qu’il faut développer la participation citoyenne au niveau national et même au niveau européen. On ne peut pas laisser la participation citoyenne au seul niveau local alors qu’au niveau national tous les pouvoirs se concentrent dans les mains d’un seul homme. Je suis partisan d’un vrai partenariat élus citoyens pour une construction commune. Je pense qu’il faut inscrire la participation citoyenne dans la constitution et la rendre obligatoire à tous les niveaux.

Mediascitoyens : Un constat commun de Rosanvallon et de Blondiaux était la nécessité de multiplier les outils de la démocratie participative et les forums, c’est à dire les espaces publics de réflexion et d’expression citoyenne. C’est aussi sur ce principe que repose la politique que vous menez au sein du Conseil Régional... les événements comme la rencontre mondiale de la démocratie participative l’année dernière en est le symbole...

François Auguste : Absolument, il faut multiplier les lieux mais aussi les formes d’expression. On peut favoriser le volontariat, procéder par tirage au sort, mettre en place des processus de participation massive... En tout, la démocratie participative concerne plusieurs milliers de citoyens en Rhône-Alpes. Quatre à cinq mille sont directement impliqués et les réunions publiques mobilisent plus de 11 000 personnes.

Mediascitoyens : Vous organisez d’ailleurs de nouveau le 29 novembre une rencontre régionale autour du thème de la pauvreté et de la précarité...

François Auguste : Oui, c’est une décision que nous avions prise l’année dernière lors de la rencontre mondiale de la démocratie participative. Pauvreté, précarité : quelle démocratie participative pour quelles transformations ? Il s’agit de nouveau de mettre en avant le parti pris de la parole citoyenne. La rencontre se déroulera avec la participation des associations, des syndicats, des élus... Là encore, il s’agit d’une démarche participative. La rencontre est organisée en partenariat avec la MRIE (mission régionale d’information sur l’exclusion) et sous l’égide d’un comité de pilotage citoyen. Cette rencontre sera l’occasion de travailler en ateliers sur les analyses de ces problématiques dans le but de dégager de nouvelles solutions. Une séance plénière permettra de confronter le résultat des ateliers aux réponses des élus. Il s’agit d’une initiative forte et volontaire en direction des personnes en difficulté sociale.

Mediascitoyens : Pensez-vous que cette démarche participative peut générer des solutions concrètes et efficientes ?

François Auguste : Oui, il s’agit tout autant d’imaginer de nouvelles solutions que d’améliorer les solutions existantes. Une part des réponses revient aux collectivités, mais pas tout. La rencontre aura aussi une fonction d’interpellation de l’Etat et des entreprises sur leurs responsabilités. Nous souhaiterions d’ailleurs que l’Etat et le Medef soient représentés le 29 novembre pour travailler ensemble car nous avons besoin d’avoir une véritable politique sociale. D’ici à novembre, il y a de nouveau des milliers de gens qui vont tomber dans la pauvreté à cause de la politique de l’Etat qui renie tous les acquis sociaux.

Propos recueillis par Thierry Borde


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