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Enseignement supérieur et recherche : quand l’Etat s’attaque à la France

D’aussi loin que remonte la mémoire universitaire, la pensée et la science françaises rayonnent dans le monde par leur prestance. Berceaux de philosophes reconnus mondialement, terreau de nombreuses découvertes scientifiques, la recherche universitaire française est aujourd’hui menacée. Menacée d’une libéralisation à outrance et d’une précarisation forcenée par une réforme que le gouvernement souhaite imposer contre l’avis unanime de tous les enseignants-chercheurs et étudiants de France. Présidents d’universités en tête, ceux-ci résistent et font grève. De nouvelles manifestations massives sont prévues ce jeudi 19 février partout en France. suite

Est-il devenu illusoire que de se prétendre aujourd’hui encore héritiers des philosophes des Lumières, produits d’une culture et d’une Nation humanistes forgées au cours de l’histoire par une pensée sans cesse renouvelée ? De Voltaire à Bourdieu, de Diderot à Derrida en passant par Sartre ou Aron (au moins on ne pourra pas nous reprocher de ne citer que des intellectuels "de gauche"), la France s’est construite par la pensée philosophique. Une pensée qui rayonne dans le monde entier, qui guide les peuples dans leurs espoirs d’émancipation...

Une culture qui permit de nombreuses découvertes scientifiques, et nul n’est besoin pour le démontrer de remonter à Pasteur : l’an dernier Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier sont récompensés du Prix Nobel de médecine pour leurs travaux sur le VIH ; en 2007, Albert Fert reçoit le Prix Nobel de physique ; en 2005, Yves Chauvin est prix Nobel de chimie... La liste pourrait s’étendre très longuement, mais elle suffit déjà à démontrer la prestance de la recherche scientifique française au niveau international.

Mais une chape de plomb politico-médiatique semble s’abattre sur notre pensée jusqu’alors plutôt éclairée... Alors que Sartre, Gide ou Camus faisaient la Une des journaux, les décennies qui viennent de passer n’ont fait aucune place dans la vie publique à des penseurs incontournables comme Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, Gilles Deleuze ou encore Edouard Glissant ou Jean-Luc Nancy pour ne citer qu’eux. Depuis les années 80 et l’avènement du capitalisme néo-libéral, seuls ont leurs places dans le paysage, des professionnels des médias, de la désinformation et de l’ignorance instituée comme nouvelle science...

Une société donnant plus de crédit à Bernard Henry-Lévy qu’à Pierre Bourdieu est-elle digne encore de cette culture des Lumières ? Il faut dire aussi qu’alors que JMG Le Clezio vient de recevoir le Prix Nobel de littérature, les médias préfèrent s’attacher à la sous-littérature des fausses querelles purulentes de Houellebecq et de BHL...

Le système libéral - sécuritaire où se complaisent le pouvoir et les médias ne peut se satisfaire d’une pensée riche qui menace constamment de le remettre en cause. Depuis 1968, le pouvoir a peur des universités et la droite rêve de se venger de cet élan de liberté qui avait balayé ses idées réactionnaires. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement souhaite aujourd’hui mettre fin à cette formidable fabrique du savoir et de la pensée qu’est le système universitaire français.

Dans quelle société, l’un des plus éminents philologues de son pays, professeur des universités, président de la Sorbonne, auteur d’une dizaine d’ouvrages et de centaines d’articles faisant référence, doit-il se défendre, avec ses collègues, d’être "un vieux con" ?

"Non, nous ne sommes pas une bande de vieux cons réactionnaires, ni de gauchistes gâteux, ni de professeurs fainéants ou nuls, ce qu’on dit qu’on est", assénait en effet Georges Molinié le 9 février dernier lors de l’appel des présidents d’universités contre la réforme Pécresse (voir la vidéo ci-dessous). Une réforme qui souhaiterait voir cette formidable machine à fabriquer du savoir et de la libre pensée passer dans les mains du privé mercantile et sans pensée. Une réforme qui souhaiterait ne plus voir les pauvres réussir aussi bien que les autres. Une réforme, enfin, qui souhaite fabriquer une autre machine pour formater dans les moules des grandes entreprises les cerveaux les plus brillants.

Pour Georges Molinié, il s’agit du "plus grand coup porté à l’école de la République depuis Vichy". Si cette réforme venait à être appliquée, c’est la société française tout entière qui plongerait dans une longue période d’obscurantisme, dans une de ces tentatives de négation de la pensée dont on disait autrefois "plus jamais ça".

Thierry Borde

Voir l’intervention de Georges Molinié, président de Paris 4 Sorbonne, le 9 février 2008 :


Appel de la Sorbonne
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