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Municipales 2014 : le CLIC suit les primaires de l’UMP à Lyon

Emmanuel Hamelin : "L’alternative est possible"

CLIC : Collectif Local d’Informations Citoyennes

Deuxième entretien de notre cycle « CLIC pour 2014 », Emmanuel Hamelin, ancien député et candidat aux primaires lyonnaises de l’UMP était notre invité le 30 avril 2013 dans les locaux du Lyon Bondy Blog.

Pour l’interroger, l’équipe Jean-Philippe Bonan et Sylvain Métafiot du Forum de Lyon, Marion Carette et Naïma Arroussi du Lyon Bondy Blog, Pierre Gerbeaud de Free-Lanz et Patrice Berger de Radio Pluriel.

Vidéo : Trois questions à Emmanuel Hamelin

L’Entretien

CLIC : M. Emmanuel Hamelin vous êtes candidat à la primaire de l’UMP pour les municipales à Lyon en 2014. Vous êtes un habitué des scrutins, qu’est-ce qui vous pousse à repartir une nouvelle fois en campagne ?

Emmanuel Hamelin :Tout simplement la passion que j’ai pour ma ville. Je suis effectivement un élu de Lyon depuis quelques années. J’ai occupé plusieurs postes différents : député, conseiller régional, conseiller municipal, ce qui m’a permis de voir de quelle manière Lyon évoluait. À force de rencontrer des gens, de discuter avec les Lyonnais, de constituer autour de moi des groupes de travail et de réflexion, je me suis forgé un certain nombre de convictions par rapport à ce que Lyon pourrait devenir. C’est sur cette vision que je me suis engagé et présenté pour ces primaires. C’est très lié à mon enracinement dans cette ville.

CLIC : Parlez-nous de ces groupes de travail.

E.H. : J’ai réuni autour de moi des experts lyonnais qui possèdent de grandes compétences. Et je les ai fait travailler, beaucoup travailler même afin qu’ils m’aident à dessiner l’avenir de la ville par leurs réflexions, leurs idées, leur imagination. Ils m’ont permis de faire un certain nombre de propositions sur cinq thématiques qui sont la gouvernance, l’enseignement supérieur et la recherche, la petite enfance, la Métropole de Lyon et la concurrence. Viendront assez rapidement mes propositions sur quatre autres sujets que sont la sécurité, l’économie et l’emploi, la santé, les déplacements urbains et l’environnement.

CLIC : Pourquoi y a-t-il si peu de publicité pour ces primaires qui sont tout de même une « première » locale ?

E.H. : Ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question mais aux médias, ce sont eux qui décident d’en parler ou pas. Toutefois je pense que les choses vont s’améliorer petit à petit puisque nous avons maintenant finalisé l’organisation de ces élections primaires. Nous avons fait une conférence de presse le 10 mai pour présenter aux Lyonnais cette organisation. Ensuite ce sera à chacun des candidats d’utiliser sa propre stratégie de communication pour faire connaître son programme.

En ce qui me concerne ça fait trois mois que je suis sur le terrain à la rencontre des Lyonnais pour discuter avec eux et les sensibiliser sur les enjeux des municipales à Lyon même si 2014 cela peut paraître loin. J’ai été le seul de mes petits camarades à faire un document de campagne diffusé à 50 000 exemplaires en deux mois, le seul à avoir fait des contributions, à avoir arpenté les marchés. On a fait un gros travail de terrain et on va continuer encore.

CLIC : Qui pourra voter pour ces primaires ?

E.H. : Tous les Lyonnais pourront voter, ce n’est pas une élection réservée aux membres de l’UMP. Il suffit simplement d’être inscrit sur les listes électorales de Lyon. Ces élections se dérouleront le 2 juin pour le premier tour et le 9 juin pour le second, il y aura des bureaux de votes dans les neuf mairies d’arrondissement. Préalablement, un fascicule de communication sera distribué dans toutes les boites aux lettres de la ville expliquant les dates et les lieux, les modalités pour aller voter et une présentation succincte des cinq candidats. On souhaite mobiliser le plus de Lyonnais possible afin de légitimer notre candidat.

CLIC : Pendant votre campagne, vous rencontrez les Lyonnais, que vous disent-ils ? Quelles sont leurs préoccupations ?

E.H. : Leurs premières préoccupations sont liées à l’emploi. Soit ils rencontrent des situations difficiles, soit ils sont inquiets pour leur avenir. Bien-sûr la politique municipale a un effet très restreint sur ces questions d’économie et d’emploi mais pourtant j’ai tenu à ce que dans le projet que nous sommes en train de construire il y ait des propositions spécifiques liées à l’économie et à l’emploi. Sur des questions plus locales, les Lyonnais m’ont fait part de leurs préoccupations liées à la sécurité, l’environnement, les déplacements et à la pauvreté.

CLIC : Vous êtes très présent sur le quartier de la Duchère. Pourquoi avoir mis la priorité sur ce quartier, quelle est sa spécificité ?

E.H. : Je ne suis pas plus à la Duchère qu’ailleurs, mon temps est reparti sur l’ensemble des neuf arrondissements. Par contre, je suis peut-être plus visible à la Duchère car les gens me connaissent bien dans ce quartier que j’ai accompagné en tant que parlementaire. C’est grâce à mon insistance que Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Ville, a sélectionné le quartier de la Duchère dans son grand projet de ville. C’était important car sans ce financement d’État considérable la transformation du quartier n’aurait pu avoir lieu.

CLIC : Parmi vos thématiques, on trouve celle de la gouvernance. Que pensez-vous de celle de l’actuel maire de Lyon Gérard Collomb ?

E.H. : Tout le monde s’accorde à dire que Gérard Collomb, avec ses qualités et ses défauts, a un mode de fonctionnement assez particulier : sa gouvernance est autoritaire et solitaire. Prenons, par exemple, le cas de l’Hôtel-Dieu. La concertation sur ce projet n’a été qu’un simulacre de concertation, ayant pour unique objectif d’informer les gens et certainement pas d’écouter ce qu’ils avaient à dire. Pour avoir participé à deux réunions de concertation sur la question, je peux vous affirmer qu’aucun avis des participants n’a été pris en compte. Les seules réponses que nous pouvions avoir, c’était « Ah non ! Ca c’est pas possible ! ».

CLIC : Que pensez-vous du projet Lyon Métropole soutenu par Gérard Collomb et Michel Mercier ?

E.H. : Vous avez là encore une illustration de la gestion solitaire du pouvoir par Gérard Collomb. Je remarque que lorsque l’ancien gouvernement avait présenté ce projet il y a quelques années, Gérard Collomb s’y était opposé au Sénat. Maintenant il change d’avis, là encore sans aucune explication. Sur le fond il a bien fait de changer d’avis car Lyon Métropole est effectivement un très grand projet sauf qu’il a manqué de vision et d’ambition.

CLIC : Rappelons ce qu’est le projet de métropole.

E.H. : À partir de 2015, sur le territoire de la communauté urbaine de Lyon, on va supprimer un échelon de ce que l’on appelle le « mille-feuille administratif » : la Courly et le Conseil Général vont fusionner pour donner naissance à une nouvelle collectivité locale, La Métropole de Lyon, qui intégrera l’ensemble de leurs compétences. Il n’y aura plus sur ce territoire ni la Courly ni le Conseil Général. Le Conseil général du Rhône existera toujours mais il ne s’occupera que du Beaujolais et des Monts du lyonnais.

Gérard Collomb affirme qu’on va pouvoir mutualiser un certain nombre de services qui sont en doublon au Conseil Général et à la communauté urbaine et faire ainsi des économies d’échelle tout en améliorant l’efficacité des services. Je participe à cette analyse mais comment ces économies vont se répercuter sur la fiscalité ? La fiscalité prévue de la Métropole est ni plus ni moins l’addition de celle du Conseil Général et de la Courly. Gérard Collomb n’envisage pas de baisser la fiscalité. Je ne comprend pas pourquoi on ne répercuterait pas sur la fiscalité les économies que l’on ferra en mutualisant les services. C’est pourquoi je prends l’engagement de réduire la fiscalité au prorata des économies réalisées.

Second avantage de la métropole : elle nous permettra d’atteindre la taille critique pour répondre à la compétition avec les grandes villes européennes. Chaque grande ville européenne souhaite attirer des grandes entreprises, des institutions pour créer de l’emploi, de la richesse, du développement. C’est une compétition difficile mais extrêmement importante. Lyon intra muros avait du mal à exister et la Courly ne disposait pas d’assez de compétences pour hisser Lyon au niveau des autres grandes villes européennes.

Je regrette que sur ce sujet la vision de Gérard Collomb soit assez étriquée, il additionne deux compétences déjà existantes en un seule collectivité et c’est tout. Or, il faut avoir une vision plus large et intégrer obligatoirement l’aéroport Lyon Saint-Exupéry à la métropole. Comment parler de développement économique sur un territoire si on n’a pas la maîtrise de l’aéroport et de la gare TGV à côté pour les entreprises locales ? C’est un enjeu essentiel. Sans cette maîtrise on est en position de faiblesse vis à vis de nos concurrents européens. Le projet de Lyon Métropole est un bon projet à condition qu’on y associe un territoire plus grand et surtout plus stratégique avec l’aéroport Saint-Exupéry.

CLIC :  Le maire de Lyon a-t-il vocation à être le responsable de cette métropole ?

E.H. : Au même titre qu’actuellement le maire de Lyon est le candidat naturel à la présidence de la communauté urbaine, il sera légitime pour candidater la direction de la métropole mais cela ne veut pas dire qu’il le sera obligatoirement. On peut noter qu’à Bordeaux le maire de Bordeaux n’est pas le président de la communauté urbaine de Bordeaux.

 

Emmanuel Hamelin dans les locaux du Lyon Bondy Blog

(Crédit photo : Naïma Aroussi, Lyon Bondy Blog - Sylvain Ortega, Free Landz)

CLIC : Vous êtes favorable à la création de 1500 places de crèches supplémentaires dans des crèches privées par délégation de service public. Pouvez-vous nous expliquer les modalités de cette délégation et pourquoi ce choix du privé ?

E.H. : Je ne fais pas le choix du privé, j’utilise le secteur privé pour nous aider à trouver les bonnes solutions. Le constat est clair, je suis régulièrement sollicité par des familles qui recherchent une place en crèche, et malheureusement je ne peux pas les aider car la ville manque de berceaux. Durant son dernier mandat Gérard Collomb a créé 700 nouvelles possibilités de garde. Je veux, moi, créer 1500 places. Je parle bien de 1500 berceaux supplémentaires.

Pour y arriver j’ai deux solutions : soit j’investis dans les crèches municipales, ce n’est pas très compliqué mais ça coûte très cher ; soit j’essaye de trouver une solution qui me permette d’utiliser les autres places afin d’améliorer l’offre sur Lyon. Quelles sont les solutions de garde aujourd’hui à côté des crèches municipales ? Les crèches privées, les crèches associatives, les crèches d’entreprises et les assistantes maternelles.

Je me suis renseigné auprès d’autres collectivités, voir comment ils répondaient à ce problème. J’ai vu qu’il y avait des solutions qui existaient ailleurs notamment à Bordeaux. J’ai rencontré le maire qui m’a expliqué comment ils fonctionnaient. J’ai donc décidé de reprendre une bonne idée qui marche ailleurs : que la ville passe un contrat de délégation de service public avec des crèches privées de Lyon.

En effet j’ai rencontré des responsables de crèches privées sur Lyon et je me suis rendu compte qu’ils avaient de la place et que certaines risquaient même de déposer le bilan, faute de clients. C’est assez paradoxal que, dans une ville en manque considérable de berceaux, il y ait des crèches privées qui ne puissent fonctionner. Le problème c’est que beaucoup de familles n’ont pas la possibilité d’accéder à cette solution de crèches privées car elles coûtent trop cher.

L’idée est simple. On s’entend préalablement sur un prix des places entre la ville et les crèches privées qui convient au privé et aux finances de la ville. On fait en sorte que ceux qui souhaitent aller dans le privé mais qui n’en n’ont pas les moyens ne payent que le prix qu’ils payeraient normalement dans une crèche publique, la ville payant la différence et cela évite des investissements trop lourds à la municipalité. On va développer un réseau de crèches privées à côté des crèches publiques existantes qui vont perdurer. On va donc améliorer l’emploi et apporter un service à toutes les familles lyonnaises sans que cela leur coûte plus. Cela revient moins cher que de construire des crèches publiques.

De plus, pour améliorer les offres de services, je propose la création d’un portail Internet spécialement dédié à la petite enfance.

À l’heure actuelle, que doit faire une maman souhaitant faire garder son enfant ? Elle doit s’y prendre au moins trois mois avant d’accoucher vu les délais des réponses, identifier les crèches municipales, aller sur place (car rien ne se fait par téléphone), remplir un dossier et attendre deux à trois mois pour avoir la réponse. Si la réponse est négative elle peut aller voir les crèches privées qui sont chères, ou alors discuter avec son entreprise pour savoir si elle compte co-financer, avec d’autres sociétés, une crèche d’entreprise. Elle peut enfin voir les crèches associatives qui acceptent de garder l’enfant un jour et qui vous met en contact avec des assistantes maternelles. C’est un vrai parcours du combattant.

Avec le portail Internet que je propose, les parents pourront mettre leurs besoins de garde en ligne de chez eux, spécifier les dates, les horaires, les lieux. Leur demande sera clairement identifiée par les structures d’accueil. Sur ce même portail il y aura toutes les solutions disponibles, crèches publiques, crèches privées, crèches d’entreprise, assistantes maternelles, secteur par secteur. On aura ainsi sur Lyon une cartographie actualisée régulièrement de toutes les disponibilités. Cet outil permettra de faciliter l’accès aux services d’accueil de la petite enfance aux parents en leur évitant de se déplacer à droite ou à gauche. Une grande partie des démarches se fera directement de la maison.

CLIC : Que pensez-vous de la remise en question de la semaine de quatre jours dans les écoles ?

E.H. : En 2014 le dossier sera bouclé, les décisions seront déjà prises. Ce n’est pas un dossier sur lequel on a la main. Je constate toutefois qu’il y a beaucoup d’échecs dans notre système éducatif en France, trop d’enfants sortent du système éducatif sans disposer des moyens suffisants pour s’intégrer dans la vie professionnelle.

Je veux bien qu’on réfléchisse sur les rythmes scolaires. Je tiens à préciser que Lyon a été une des premières villes, sous Michel Noir, à expérimenter la semaine de quatre jours qui est ensuite devenue une règle partout. Maintenant les spécialistes nous disent que le rythme scolaire n’est pas bon. Je suis prêt à l’accepter si cela améliore la qualité de l’enseignement et la performance des enfants à l’école, je n’ai pas de dogme sur le principe mais je pense qu’il faut réfléchir sur les répercussions du retour de la semaine de quatre jours et demi sur le fonctionnement des associations, notamment sportives. Cela risque de leur poser un vrai problème économique, car certaines n’ont pas la possibilité de mettre à disposition des enfants leurs infrastructures à d’autres moments que le mercredi matin. Certaines associations me disent que cela peut jouer sur 20 à 25 % de leur activité et de leurs recettes, et impacter donc un certain nombre d’emplois sur la vie associative. Je suis donc attentif aux effets induits de cette décision.

CLIC : Vous souhaitez mieux structurer l’enseignement supérieur à Lyon. Mais ceci n’est habituellement pas dans les prérogatives d’un maire. Pourquoi cet intérêt ?

E.H. : J’entends certains parler de "Lyon ville intelligente". Pour moi ce sont les Lyonnais qui sont intelligents, pas la ville. Je souhaite valoriser cette intelligence, et que celle-ci soit reconnue à Lyon comme à l’international. Quand on questionne des universitaires, des chercheurs, des directeurs de grandes écoles sur comment la municipalité pourrait s’impliquer pour favoriser un certain nombre d’initiatives sur l’enseignement supérieur on constate qu’il y a des choses que l’on pourrait faire et qui n’ont pas été faites par Gérard Collomb.

Je propose de créer des territoires identifiés au niveau de nos universités. On a deux pôles universitaires bien identifiés dans Lyon : le pôle lié aux sciences dures à la Doua, que j’appelle L.I.T en comparaison au M.I.T de Boston ; et un autre, plus lié aux sciences humaines, à Gerland. On constate, sur ces territoires, la présence d’établissements de grand talent, par contre il n’y a pas beaucoup de communication entre eux et peu d’interactions avec les entreprises. On a considéré que c’était dommage de ne pas constituer des territoires plus identifiés qui puissent valoriser chacune des écoles, notamment à l’international, et favoriser les contacts entre les universités et les centres de recherches des entreprises de pointe. On a, à Lyon, une grande compétence dans le domaine de la recherche, il faut lui donner une visibilité.

CLIC : Selon vous, concrètement, où sont les points d’insuffisance de la politique municipale actuelle sur la question sociale ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Sur le social, la ville dispose de bons services comme le CCAS et le projet de métropole améliorera encore leur efficacité grâce à la connexion entre les services de la commune et ceux du département qui sont très imposants vu que le social est une des premières compétences du Conseil Général. C’est pour moi très important d’avoir des bons services sociaux car ils sont l’expression de la solidarité d’une municipalité avec ses habitants.

J’ai un regard particulier sur le logement social à Lyon, il se trouve que je suis administrateur à la SACVL (organisme public ayant en charge logement social à Lyon) en tant qu’élu de Lyon et j’y ai repéré des carences graves. J’ai été le premier à dénoncer la gestion catastrophique des swap (prêts toxiques) contractés par la SACVL qui engendrent des remboursements extrêmement lourds. Un organisme qui fait du logement social qui se trouve empêtré dans des « swap » mal gérés c’est forcement au détriment de sa fonction initiale de faire du logement social et cela pose un véritable problème. Quand la ville de Lyon a été obligée de faire un prêt de dix millions d’euros à la SACVL, afin d’éviter le dépôt de bilan, j’ai demandé à Gérard Collomb ce qu’il comptait faire pour éviter que cela se reproduise. Je n’ai pas eu de réponse. La ville de Lyon détient 77 % du capital de la SACVL qui, rappelons-le, participe à la politique du logement social de l’agglomération, et pourtant la mairie n’a aucun contrôle sur la gestion de cette société. Pendant des années la gestion de la SACVL a été totalement libre, toutes les décisions prises l’on été sans concertation avec la mairie centrale qui est pourtant l’actionnaire principal et ça a mené aux dérives qu’on connaît. Ceci est scandaleux. Vous ne pouvez pas gérer des filiales sans les contrôler. Dans l’entreprise, quand une société holding a un certain nombre de participations dans des filiales, elle met en place des outils de contrôle et de gestion pour vérifier comment ses filiales sont gérées. J’ai demandé que la mairie se dote de cet outil de contrôle et de gestion. Il m’a été refusé, j’en prend acte. Aujourd’hui je remarque quand même que le directeur financier de la ville de Lyon est présent au Conseil d’Administration de la SACVL, ce n’était pas le cas auparavant c’est au moins ça de fait. Je pense qu’à un moment ou un autre on risque de retrouver ces dysfonctionnements dans d’autres structures qui impactent directement l’action sociale de la ville car les éléments de contrôles ne sont pas au point.

CLIC : Faut-il repenser la gestion des centres d’accueil de la ville ?

E.H. : C’est un problème extrêmement difficile parce que l’on a des structures souvent associatives et non municipales. La municipalité apporte son soutien à certaines de ces structures et c’est tant mieux, on voit bien aujourd’hui qu’on est en grande difficulté sur la question des personnes en grande précarité. Mais ce n’est pas un point que je reprocherais à Gérard Collomb, car pour avoir rencontré nombre de ces structures, beaucoup sont satisfaites de l’accompagnement fourni par la Ville de Lyon. Une culture d’accompagnement traditionnelle de la part de Lyon : cela a été le cas de Gérard Collomb, de Raymond Barre, de Michel Noir, de l’ensemble de ses prédécesseurs. Il faut maintenir cet accompagnement-là et faire en sorte que les projets puissent voir le jour dans de bonnes conditions.

CLIC : Pendant les deux mandatures de Gérard Collomb on a vu se développer nombre de grands travaux (Grand Stade, Musée des Confluences, etc.), on sait notamment que vous n’êtes pas favorable au Grand Stade...

E.H. : Je suis même le seul à m’y être opposé. Je suis investi en politique parce que j’ai des convictions et des idées mais, surtout, quand je me retrouve face à ce genre de projets invraisemblables, certains baissent les oreilles, moi je lève la tête. Je me suis battu bec et ongles contre ce dossier car je considère qu’il est mauvais. On est nombreux à s’être battus pour dénoncer le projet de Décines. Ce fut une succession de mensonges, de contrevérités, de désinformations en permanence. En juin 2010 j’ai fait acte, pour la première fois, de candidature pour les municipales, je pose sur la table une information que personne n’avait posée en remettant en question le projet du Grand Stade car on nous disait qu’à Gerland on ne pouvait pas le faire, en prétextant que le terrain était une zone à risques, etc. On nous a raconté tout et n’importe quoi. Au stade de Gerland l’architecte qui avait effectué l’agrandissement en 1998 a été consulté pour un agrandissement supplémentaire et cela était tout à fait possible. J’ai donc dénoncé le projet Décines dans tous ses dysfonctionnements. Ce projet coûte 400 millions d’euros (il faut notamment aménager des voies d’accès) avec un prêt accordé à Vinci. Par ailleurs, les voies d’accès ne sont pas bonnes : le tram (dont la contenance est insuffisante pour tous les spectateurs) coupe une voie de circulation qui est une voie d’accès au stade, les bus mis à disposition seront remplis comme dans les aéroports c’est-à-dire surchargés. Si demain ce dossier était réalisé, les collectivités locales devront mettre beaucoup d’argent sur la table.

CLIC : Si vous êtes élu maire ferez-vous machine arrière sur ce dossier ?

E.H. : Hélas, sur certains dossiers on ne peut pas revenir en arrière. Les fondations sont déjà là et dans un an le chantier sera avancé. Je ne pourrai arriver en disant « les investissements que vous avez faits sont terminés, on arrête le tramway, etc. », ce n’est pas possible.

CLIC : Qu’en est-il de la prolongation de la ligne du T3 ?

E.H. : Le président du Sytral veut continuer mais on va quand même faire des recours et des démarches mais on ne le remettra pas en cause. C’est comme si je vous demandais votre avis pour poser ce verre sur cette table, mais comme je suis pressé je le pose d’abord et je vous demande ensuite. C’est un peu ce que font Gérard Collomb et le Sytral sur ce projet.

CLIC : Quel est votre programme en matière d’installations sportives ?

E.H. : J’ai été à la rencontre des associations sportives pour leur demander quels étaient leurs besoins mais je me suis aussi intéressé aux promesses de Gérard Collomb prises devant les Lyonnais en 2008 et je peux vous dire que la moitié de ma communication qui sera faite sur la politique sportive sera pour dénoncer les très nombreux engagements non tenus de Collomb. Il s’est moqué des Lyonnais.

Sur les structures d’accueil il faut savoir que nous avons un équipement sportif pas du tout aux normes. J’ai fait le choix d’aider les instances des institutions sportives qui ont besoin d’un équipement de grande envergure. Je vais vous donner un scoop, je compte raser le palais des sports où il ne se passe quasiment plus rien, pour construire un équipement moderne ouvert aux associations sportives et aux associations culturelles pour des spectacles et des concerts. Ce type de palais omnisports d’une capacité située entre 10 000 et 15 000 places existe déjà dans d’autres villes bien moins importantes que Lyon.

CLIC : Souhaiteriez-vous axer les subventions municipales sur les grandes structures sportives professionnelles comme l’OL, ou développer les clubs et les associations de quartier ?

E.H. : Je pense qu’il faut rééquilibrer l’aide municipale apportée aux différentes structures sportives de l’agglomération. Mais soyons clairs, ce n’est pas parce j’ai des relations très tendues avec Jean-Michel Aulas que je couperai tout soutien avec l’Olympique Lyonnais. L’OL est un grand club important pour la ville et son rayonnement international, il faut l’aider. Mais c’est une entreprise privée avec un énorme budget. A contrario, vous avez des petits clubs sportifs qui ont bien plus besoin d’accompagnement municipal.

Prenez un cas que je connais bien, celui de Lyon Boxe, anciennement Lyon boxe Duchère. Voilà un club de boxe qui organise des championnats de France, qui entraîne plusieurs champions, qui en plus joue un rôle social fondamental. Je connais bien son président, Saadi Mechiche, c’est un gars qui va chercher les gamins déstructurés, en rupture avec la société, il leur inculque les valeurs du sport, la ponctualité, l’effort, le respect, tout ce qu’ils n’ont pas eu. Et pourtant il n’arrive pas à trouver des salles d’entraînement sur une ville comme Lyon. C’est un scandale ! J’ai du solliciter directement la mairie du 6ème et notamment son adjoint au sport, Claude Chabot, qui sont finalement arrivés à lui trouver un local. Sur la boxe, il faut mettre à disposition pour deux ou trois clubs locaux une vraie salle où ils puissent se répartir les séances d’entraînements, ce qui leur permettra de jouer leur rôle social.

Ce que je dis pour la Boxe vous le retrouvez pour de nombreux sports. Dans le cas de l’escrime, nous avons à Lyon deux des plus vieux et des plus prestigieux clubs de France, "Le masque de fer" et "Lyon épée métropole". Allez voir où ils s’entraînent ce n’est pas digne de leur niveau international !

CLIC : Le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, publié en mars, note une augmentation des actes antisémites de 58% et une augmentation des actes contre les musulmans de 30%. De plus, un sondage CSA, paru dans Le Monde du 22 mars, rend compte du fait que 66% des personnes interrogées estiment qu’il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France. Que préconisez-vous contre cette augmentation de la violence ? Est-ce que la vidéosurveillance est une solution ?

E.H. : Je condamne évidemment toute violence, quel qu’elle soit : raciste, communautaire ou autre. Quand on regarde la situation sur la sécurité des personnes, on se rend compte d’une augmentation de l’insécurité, de la petite délinquance, des agressions dans la rue, des actes antisémites, etc. C’est un problème qui pose de vraies questions. Des questions liées aux politiques d’intégration car il y a beaucoup à faire.

Évidemment, la vidéosurveillance est un outil. Quand on regarde ce qui se passe dans d’autres villes on peut faire des comparaisons : Londres et Nice, par exemple, sont des villes avec beaucoup de caméras et une insécurité faible.

CLIC : Pourtant, de nombreux rapports démontrent linefficacité de la vidéosurveillance. Que pensez-vous de ceux qui disent qu’il faut mieux investir dans l’humain (police municipale, médiateurs...) que dans les caméras ?

E.H. : L’approche globale c’est la vidéosurveillance mais aussi la police municipale qui contrairement à la police nationale a un rôle qui doit être plus identifié. La police municipale n’a pas les même fonctions que la police nationale, elle est beaucoup plus utile dans son action de proximité. Il faut donc la recentrer sur les missions de proximité. Il y a un réaménagement à faire sur les missions de la police municipale avec les moyens qu’on peut leur apporter notamment la vidéosurveillance. J’ai demandé dans certains quartiers de Lyon qu’on installe plus de cameras, non pas parce que cela règle tous les problèmes mais c’est un élément qui participe à la résolution des problèmes. Prenez la Grande Rue de la Croix Rousse, ce n’est pas le quartier le plus dangereux de Lyon, pourtant en quatre mois il y a eu six braquages violents dans les magasins. On ne va pourtant pas mettre des policiers dans chaque magasin. Je suis persuadé que placer des cameras Grande Rue de la Croix Rousse ferra réfléchir ceux qui ont de mauvaises intentions. La vidéosurveillance ne règle pas tout mais c’est dissuasif.

CLIC : Faut il armer les policiers municipaux ?

E.H. : Non. Je ne suis pas favorable à armer la police municipale.

CLIC : Que pensez-vous de la volonté, dans un souci de transparence démocratique, de moraliser la vie politique en dévoilant le patrimoine des élus ? Si vous êtes élu, dévoilerez-vous votre patrimoine et obligerez-vous vos collaborateurs à faire de même ?

E.H. : Je me refuse de participer à ce striptease patrimonial qui n’a pour seul objectif que de cacher les propres turpitudes du PS, l’affaire Cahuzac en étant un des plus beaux exemples. Révélez le patrimoine ne réglera rien. Si Cahuzac avait du déclarer son patrimoine il aurait caché ses comptes en suisse et cela n’aurait rien changé.

Cela ne crée que deux choses : du voyeurisme dans l’opinion publique et une suspicion sur les déclarations des élus. Alors qu’il n’y a aucune incidence entre patrimoine et engagement politique. Bien-sûr qu’il faut améliorer le contrôle et en tant qu’élus nous nous devons de déclarer notre patrimoine au début de chaque mandat afin de vérifier que nous ne nous soyons pas enrichis. Et cela est normal de le faire, mais devant des instances prévues à cet effet, non publiquement. C’est pourquoi je ne rendrai mon patrimoine public que quand la loi m’obligera à le faire.

Par contre je constate qu’à Lyon même dans l’équipe de Gérard Collomb il y a de nombreux problèmes de conflits d’intérêts.

CLIC : Pouvez-vous précisez ?

E.H. : Bien-sûr, d’autant plus que je n’ai rien contre ces personnes, ce n’est pas elles que je vise mais c’est le système.

Richard Brumm l’adjoint aux finances de la Ville de Lyon est aussi avocat d’affaire de l’OL, quand on voit les collusions entre Collomb et Aulas on peut se poser des questions.

Marie Odile Fondeur adjointe au commerce et à l’artisanat, elle, est en charge de l’accompagnement du Sirha et en même temps elle dirige le pôle agroalimentaire de Sepelcom, une filiale GL Events qui organise le Sirha

N’importe où ailleurs cela ferait un tel scandale que ces personnes ne pourraient pas rester à leur poste. À Lyon non, cela ne pose aucun problème. On ne peut pas accepter ça !

CLIC : Quels sont les lieux culturels que vous fréquentez ?

E.H. : Le musée de Saint Pierre qui est, je le précise, le 2ème musée de France. Je suis surpris du manque d’attrait de ce musée par rapport aux Lyonnais. Ne visitent ce musée que des gens extérieures, très peu de Lyonnais vont au musée Saint Pierre alors que c’est un des plus beaux musées de France avec un des plus beaux patrimoines culturels. Et il n’est pas du tout valorisé. Bien-sûr c’est un musée national qui ne dépend pas de la ville mais il y a des choses que la municipalité peut faire pour le valoriser, améliorer les aménagements autour du site et plus particulièrement la place des Terreaux. Je suis un de ceux qui veulent mettre le paquet sur la promotion du musée Saint Pierre car il fait partie du patrimoine de la ville.

CLIC : Lyon a connu l’émergence de plusieurs grands événements culturels (biennale de la danse, biennale d’art contemporain, Festival Lumière, nuits sonores), continuez vous cette politique culturelle ou appliqueriez vous une politique complètement différente ? Si oui, Laquelle ?

E.H. : Ce n’est pas une politique spécifique de Gérard Collomb, elle a été initié par ses prédécesseurs.

Il faut être pragmatique : quand quelque chose marche il ne faut pas tout remettre en question, il faut continuer à les promouvoir. Mais je regrette que l’art contemporain, en dehors de la biennal, n’ait pas de visibilité sur Lyon. Nous avons bien un Musée d’Art Contemporain mais il n’est ouvert que 50 % du temps, quand ce n’est pas 30 %. Si on veut que Lyon devienne un place importante de l’art contemporain et pas seulement quelques semaines une année sur deux, ce qui est malheureusement le cas, il faut développer des activités qui légitiment la biennale tout au long de l’année.

CLIC : Vous êtes l’auteur d’un rapport sur les radio libres : quelles en étaient les conclusions ? Les radio libres lyonnaises sont-elles un plus pour la vie politique et culturelle de la ville ? Plus généralement que pensez-vous de cette montée en puissance des médias citoyens ?

E.H. : J’ai effectivement beaucoup travaillé, quand j’étais parlementaire, sur la communication. J’étais à l’initiative du projet sur la TNT qui était embourbé quand je suis arrivé à l’Assemblé Nationale. Pour des raisons presque similaires je suis un fervent défenseur des radios associatives. Mais plus largement l’Internet a permis le développement de beaucoup de médias comme les vôtres qui vont compter de plus en plus. Les médias citoyens ont leur place dans le paysage audiovisuel médiatique, c’est une richesse et une densité qui participe au maillage de notre territoire entre les zones rurales et les zones urbaines. Ces médias renforcent les liens dont notre société a un besoin fondamental, que ce soit au niveau territorial mais aussi social. Ils font un travail remarquable avec des modes de fonctionnement que l’on sait très difficiles sur le plan économique. Il faut les aider et leur donner les moyens de se développer comme le fait la Région Rhône-Alpes. Beaucoup fonctionnent avec des moyens extrêmement faibles et quand on voit les sommes considérables qui circulent dans l’audiovisuel en France je pense qu’il y a un petit souci à ce niveau là. C’est une des raisons pour laquelle j’avais proposé une modification du FSER pour le rendre plus opérationnel, plus cohérent et plus efficace mais ce rapport date de deux ans et rien n’a été fait depuis. Ça n’enlève en rien mon engagement auprès des médias associatifs.

CLIC : Quelle est votre position par rapport au mariage homosexuel ? Si vous êtes élu maire procéderez-vous à des mariages de personnes du même sexe ?

E.H. : Moi non, mais la loi l’obligeant, des adjoints le feront. Je n’irai pas à l’encontre de la loi parce qu’elle a été votée, par contre je ne me sens pas obligé de célébrer personnellement des mariages homosexuels. Notre erreur à droite a été de ne pas faire quand on était au pouvoir un contrat d’union civile qui donne aux couples homosexuels les mêmes droits et les mêmes devoirs que le mariage excepté sur la question de l’adoption. C’est ce que nous aurions du faire et nous ne l’avons pas fait. Pourquoi j’ai une réticence sur la question de l’adoption, parce que je me suis toujours placé au niveau de l’enfant et non du coté du couple.

CLIC : Seriez-vous prêt à diriger la ville avec des élus du Front National ?

E.H. : Clairement non. J’ai mené mes premiers mandats politiques avec une ligne claire et je n’en ai jamais dévié. En 1998, je suis élu au Conseil Régional sur une liste d’union menée par Charles Million.Lorsque ce dernier décide de s’allier avec le Front National, nous ne sommes que quatre à nous désolidariser de lui pour rester cohérents avec nos convictions. Je peux vous dire que c’était très dur, nous avons subi des pressions très lourdes de la part de nos petits camarades, notamment certains avec qui j’entretenais des relations amicales fortes. On se sent un peu seul dans ce genre d’aventure. Mais je n’ai jamais fait l’impasse sur mes convictions, j’ai fait ce choix et je l’ai assumé.

Au début on était quatre face à un groupe de plus de 60 conseiller régionaux de droite puis à chaque cession les positions qu’on prenait faisaient qu’on devenait de plus en plus attractifs. A chaque cession, je débauchais et ma position devenait moins difficile et, au final, je me suis retrouvé président du plus grand groupe de la région avec une ligne claire « pas d’accord avec le Front National ». C’est un principe auquel jamais je dérogerai. Je ne veux pas stigmatiser les électeurs du Front National, je sais que beaucoup le font car ils ont des souffrances et n’ont pas trouvé d’autres issues que ce choix politique. Mon travail, c’est d’essayer de leur expliquer qu’il y a d’autres possibilités. Ce n’est pas facile surtout en période de crise où on s’aperçoit que les discours populistes, de part leurs facilités, sont très attrayants. En tant qu’élu je ne serais jamais d’accord avec le Front National.

CLIC : Si des gens veulent vous contacter que doivent-ils faire ?

E.H. : Ils peuvent aller sur mon blog (emmanuelhamelin.com), consulter ma page facebook ou m’envoyer un mail à cette adresse mail : contact@emmanuelhamelin.com. Nous sommes attentifs à ce que nous disent les Lyonnais.

Retranscription de Jean-Philippe Bonan et Sylvain Métafiot

 

Article également disponible sur les sites des médias partenaires :

- Forum de Lyon

- Mapausecafé.net

- Free-Landz


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