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Drôme, Pays Diois - Plan hôpital 2007

Die : Un hôpital en lutte

L’hôpital de Die, prochaine victime du plan Hôpital 2007 ?

Contraignant tous les hôpitaux à une logique de rentabilité, le plan Hôpital 2007 oblige nombre d’entre eux à se restructurer voire à fermer, particulièrement dans les territoires ruraux. Se retenir une cinquantaine de kilomètres avant d’accoucher est aujourd’hui chose courante pour les habitantes des campagnes...

Les habitants de Die et du pays Diois, élus en tête, refusent cette évolution. La manifestation de soutien à l’hôpital qu’ils organisaient samedi 27 septembre a réuni plus de 2500 personnes dans les rues de Die.

Situé dans une zone de montagnes, l’hôpital de Die, dans la Drôme, est un poumon vital pour cette ville, centre d’un bassin de vie de 20 000 habitants, mais aussi pour les communes environnantes (103 communes et 1/3 du département). C’est le seul hôpital entre les villes de Gap et de Valence distantes de 155 km. Avec le plan Hôpital 2007, de nouvelles incertitudes pèsent sur ses services actifs, dont la chirurgie d’urgence et la maternité, et pousse la population à se mobiliser pour la défense de son hôpital.

Une population fortement mobilisée

"On fait tous une chaîne, ici, et l’hôpital fait partie de cette chaîne, si l’on ôte l’un de ses maillons et bien la chaîne, elle ne sert plus à rien." Au marché d’ été de Die, Jean Victor fait signer la pétition pour sauver les services actifs du centre hospitalier. Déjà 8800 signatures posées en Sous-Préfecture ce 27 septembre. Il faut dire que c’est le plus gros employeur ( 300 fiches de paye) de la ville suivi par la cave coopérative de la "Clairette de Die". Le collectif de Défense de l’hôpital a relancé la machine. Emmené par l’ex- conseiller général communiste et ancien maire de la ville, Jean-Pierre Rambaud, il a déjà organisé plusieurs manifestations pour dénoncer l’asphyxie financière qui menace, selon lui, l’établissement. Le collectif ne date pas d’hier. Jean-Pierre Rambaud l’avait créé en 1986, quand pour la première fois, la décision de la maternité de la ville avait été clairement annoncée. "A l’époque déjà, on nous disait qu’il valait mieux pas de maternité du tout" confie le président du collectif. Ce n’est pas ce que pense Nathalie Duby. Cette maman de St Dizier-en-Dois à une quarantaine de kilomètres de Die, doit la vie à l’hôpital. Lors de son deuxième accouchement, en novembre dernier, elle a fait une hémorragie interne. Heureusement qu’il n’a pas fallu faire une heure de route en plus.

La situation géographique de Die a toujours donné raison aux défenseurs de l’hôpital. La commune se trouve sur la route entre Valence et Gap, dans la vallée de la Drôme, dans une zone de montagnes avec des communes situées autour de 1000 mètres d’altitude. Les routes sont enneigées l’hiver et souvent accidentées par des coulées de boue. Une crue de la Drôme a même emporté le pont à l’entrée de la ville en décembre 2004. Si bien que pendant trois semaines, les Diois ont du "reprendre le chemin des cols" pour quitter la zone selon l’ancienne mairesse, Isabelle Bizouard. Pour toutes ses raisons, l’hôpital jouit du statut d’établissement de proximité et sa fermeture totale est donc exclue.

L’asphyxie financière

Cependant aujourd’hui, de nouvelles inquiétudes naissent par rapport au plan Hôpital 2007 et notamment par rapport à la tarification à l’activité. Pour le collectif, pour le Conseil Local de Développement (CLD), pour la Mairie et pour la direction de l’hôpital, cette tarification annonce la mort prochaine d’un établissement de santé polyvalent. Si la dotation est liée aux pathologies traitées, pour un hôpital qui fait essentiellement de petites opérations, l’enveloppe ne sera pas bien grosse. En plus, la situation financière de l’établissement est déficitaire à hauteur de 1 million 400 mille euros. Selon Charlotte Loin du CLD du Pays Diois, "l’attaque est, cette fois, beaucoup plus insidieuse. On ne nous dit pas clairement que l’on veut fermer les urgences ou la maternité, mais les autorités demandent à l’hôpital de combler son déficit sans lui donner de moyens supplémentaires." Face à ceux qui crient au scandale de la fermeture de la maternité, des urgences et de la chirurgie, le député UMP de la circonscription, Hervé Mariton, tout comme l’Agence Régionale d’Hospitalisation ( ARH ) , dénoncent plutôt une mauvaise gestion de l’hôpital. Une remarque que l’actuel directeur de l’établissement, M. Daubos n’apprécie guère. Celui-ci estime en effet estime avoir plutôt un bon coût de revient avec 197 lits et 300 personnes qui y travaillent. Il demande à ses détracteurs de prendre en compte à la fois la petite dimension du bassin de vie et la population touristique qui s’élève à plus de 50 000 estivants.

"Si l’on demandait aux 12 000 habitants du Diois de venir se faire opérer de l’appendicite, cela ne rendrait pas l’hôpital rentable pour autant", estime Marie-Carmen Paille, déléguée CFDT dans l’établissement. Le directeur de l’hôpital cherche donc à faire des économies en réorganisant son établissement. Au final, s’il manque du personnel pour assurer un minimum de sécurité pour les accouchements, les urgences ou en bloc opératoire, il est donc évident qu’à terme ce sont des services entiers qui sont menacés. Il faut dire que la maternité est l’une des plus petite de France avec 140 naissances en 2003 et 170 en 2007. Un chiffre inacceptable dans une logique de rentabilité. En revanche, pour les mamans c’est un bonheur de sentir autant d’attention et de ne pas avoir l’impression d’être dans "une usine à bébés".

Le déménagement des services publics

Mais au-delà de l’hôpital, Thierry Geffray, ancien président de la communauté de communes, craint que toute la logique de l’aménagement du territoire soit en danger : "les grands services publics comme la santé, mais aussi EDF et La Poste, rentrent dans des logiques de rentabilité et dans des zones rurales comme les nôtres, ces services ne sont pas rentables." Bilan confirmé par Myriam Bonjean, médecin , membre du CLD du Pays Diois : « On est en train de déménager le territoire Diois, les écoles rurales, l’ EDF , les tribunaux de commerce et le tribunal administratif , la direction de l’ ONF, régulièrement le Centre des Impôts est menacé, la Sous-Préfecture est sans Sous-Préfet depuis le 25 Août 2008 , une classe vient de fermer à Luc en Diois... Le Diois n’ est plus attractif pour s’ installer ». D’autant que depuis l’exode rural des années 70, le pays Diois regagne peu à peu des habitants.

Co-construire un projet de territoire

"Ce n’est pas en faisant partir ces services publics que l’on va permettre aux gens de venir s’installer. On oublie complètement l’ humain dans ces choix technico-économiques »", affirme Jean Pierre Simion, directeur de la Chambre de Commerce de la Drôme et aujourd’hui manifestant. Selon un agent immobilier de la ville : "les deux questions que les clients me posent avant de s’engager dans l’achat d’une maison c’est : est-ce qu’il y a un lycée ? et est-ce qu’il y a un hôpital ?" Même chose à l’Office de Tourisme de Die : « Une personne sur trois demande si il y a un hôpital avant de réserver », constate le Directeur Paul Zeller. Madeleine est née à Die, elle était partie pour raisons professionnelles de la ville. A sa retraite elle est revenue dans le Diois, il y a 10 ans. "Jamais je ne serais revenue s’il n’y avait pas eu d’hôpital", assure-t-elle aujourd’hui.

Ce samedi ce sont 2500 Dioises et Diois qui ont voté avec leurs pieds. De l’Hôpital à La Sous- Préfecture en passant par la Mairie. On pouvait y reconnaître le sénateur Piras ou le Vice-président de Région Didier Jouve, entre 55 maires en écharpes , 7 conseillers Généraux et une centaine de Conseillers municipaux. « Ce n’est que la première marche d’un développement local durable que nous entendons bien co-construire ensemble. Tout reste à Faire » concluait Mr Didier Jouve.

Texte et photos : Claude Veyret, APIS


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