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Médias communautaires en Amérique Latine

Crise politique en Bolivie - Les médias communautaires en danger

La crise politique opposant les gouverneurs de cinq des neuf départements boliviens au chef d’Etat socialiste Evo Morales s’est particulièrement aggravée depuis le référendum révocatoire du 10 Août dernier.

Le sommet de l’UNASUR (Union des Nations sud Américaines) du 15 septembre a conforté la légitimité d’Evo Morales tout en invitant les différentes parties au dialogue.

Parallèlement, l’AMARC (Association Mondiale des radiodiffuseurs communautaires) et Reporters Sans Frontières dénoncent les violences faites aux médias au cours de ces conflits.

Lors de son sommet extraordinaire du 15 septembre dernier au palais de la Moneda à Santiago du Chili, l’UNASUR a exprimé un "appui entier et décidé au gouvernement constitutionnel du président Evo Morales" en affirmant que les gouvernements des pays de l’Unasur "rejettent énergiquement et ne reconnaîtront pas toute situation impliquant une tentative de putsch civil, la rupture de l’ordre institutionnel ou compromettant l’intégrité territoriale de la République de Bolivie". Après sa légitimation par les urnes lors du dernier référendum du 10 Août dernier, Evo Morales se trouve de nouveau réaffirmé dans son autorité par l’ensemble des pays latino-américains face à la crise politique qui ébranle actuellement la Bolivie.

L’UNASUR a toutefois tenu à inviter les parties du conflit au dialogue, rejetant ainsi les volontés plus radicales et militaristes de Morales et de Chavez, le président vénézuélien. Le sommet du 15 septembre fut ainsi extraordinaire à plus d’un titre. D’une part en réussissant pour la première fois à ne pas même parler du "grand-frère" nord-américain dans le cadre d’un règlement de conflit interne, d’autre part en consacrant la suprématie dans le continent de la diplomatie brésilienne, plus modérée que sa concurrente vénézuélienne.

30 morts dans le département de Pando

Ce sommet fait suite non seulement à un conflit opposant Evo Morales aux gouverneurs de cinq des neuf départements boliviens mais aussi ces derniers jours, au massacre de plus d’une trentaine de personnes dans le département de Pando, au nord de la Bolivie.

Hostiles au socialisme centralisateur du président Morales, les gouverneurs de ces départements estiment aussi sa politique trop favorable aux peuples indigènes des régions boliviennes. Si la une de l’actualité s’est focalisée sur le massacre de Pando (pour lequel Leopoldo Fernandez, le gouverneur du département a été placé en détention le 18 septembre dernier), de nombreuses autres exactions sont continuellement perpétrées dans le pays. Les médias privés et communautaires sont des cibles idéales pour les différentes parties du conflit.

Médias communautaires et médias privés en danger

Les opposants à la politique "indigéniste" aimeraient voir disparaître les médias communautaires qui sont par définition des outils au service du développement des cultures et des populations indigènes. Ainsi l’AMARC (Association mondiale des radiosdiffuseurs communautaires), dans un communiqué du 12 septembre, condamne clairement les opposants au gouvernement bolivien : "Les attentats subis par les radios, San Miguel de Riberalta, du Beni ; Alternative de Santa Cruz de la Sierra ; Juan XXIII de San Ignacio de Velasco ; Aclo de Tarija ; Parapetí de Camiri et par d’autres médias tels, la Radio Numérique de Pando, sont toutes des actions délibérées, qui cherchent à faire taire les radios et à isoler ces communautés du reste du pays. Il s’agit d’une opération qui cherche en outre à faire peur au mouvement social indigène et paysan, des protagonistes essentiels du processus que vit la Bolivie et qui se construit comme un projet historique autour des médias citoyens."*

De son côté, Reporters Sans Frontières en dénonçant aussi fermement ces violences, semble toutefois vouloir en répartir les responsabilités. L’organisation internationale cite en effet des cas d’agressions de journalistes de chaînes privées par des militants à la fois pro et anti gouvernementaux selon les cas.*

La crise bolivienne replace ainsi au cœur de la réflexion la problématique de la place des médias en général et en particulier celle des médias communautaires dans nos sociétés. Lieux de l’expression et de l’émancipation citoyenne, outils de développement social, culturel et économique, ces médias communautaires représentent ainsi - en particulier dans le conflit bolivien - tous les intérêts que les exploitants des peuples indigènes ont toujours rejetés...

Thierry Borde (APIS)

*Lire la déclaration de l’AMARC du 12/09/2008

*Lire l’article de RSf du 20/08/2008

Sources : Latins Reporters, Reporters Sans Frontières, AMARC

Carte : RFI


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