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Au Brésil, les Sans-Terre militent toujours pour une autre société

Le Mouvement des Sans Terre au Brésil est toujours aussi actif et nécessaire. Malgré les espoirs suscités par la présidence de Lula, il est toujours aussi difficile pour ces agriculteurs privés de terre par des grands propriétaires qui ne les cultivent même pas, d’obtenir des surfaces cultivables.

Face à la frénésie productiviste des grandes firmes exportatrices, les sans terre proposent un modèle d’agriculture paysanne fondé sur les besoins des habitants, sur la justice sociale et le respect de l’environnement.

Si les grands lobbies agroalimentaires bloquent toujours la réforme agraire réclamée par les sans terre, certains états du Brésil, comme celui du Parana, tentent de mener localement une autre politique. C’est ainsi qu’un programme universitaire et des accords de coopération internationaux permettent à des coopératives de développer une autre agriculture.

A la veille des élections au Brésil, un enjeu majeur que les Sans Terre comptent bien voir porté par Dilma Roussef qui succédera certainement à Lula.

Un entretien avec Elson Borges Dos Santos- dit Zumbi - représentant du Mouvement des Sans Terre suivi d’une émission tv - radio sur le programme "Université Sans Frontières"... suite

Entretien avec Elson Borges Dos Santos, dit Zumbi, du Mouvement des Sans Terre

MédiasCitoyens : Pourquoi le surnom zumbi ?

Zumbi : Je ne suis qu’un militant ! C’est un surnom difficile à porter, il est chargé d’histoire : Zumbi Dos Palmares était un leader charismatique qui a resisté contre l’esclavage. Moi je ne suis qu’un simple militant... Mais ce que je voulais dire, c’est que c’est un plaisir d’être ici et de pouvoir passer notre message.

MC : Quel est ce message ?

Zumbi : Nous œuvrons pour un processus de changement social, pour la construction d’une vie meilleure et nous avons besoin de partenaires. Les différentes victoires que nous avons connues, nous voulons aussi les partager.

Elson Borges - "Zumbie"

MC : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est exactement le Mouvement des Sans Terre ?

Zumbi : Le Mouvement des Sans Terre est un mouvement populaire composé de nombreuses personnes très diverses. Tous ces gens ont été à un moment ou un autre de petits agriculteurs. Ils luttent aujourd’hui pour avoir un petit lopin de terre.

MC : Pourquoi sont-ils obligés de lutter ?

Zumbi : Le Brésil s’est constitué dès son origine sur cette inégalité : beaucoup de terres appartiennent à très peu de personnes.

MC : Aujourd’hui, est-ce que la situation s’améliore ? Les Sans Terre réussissent-ils à s’approprier de la terre ?

Zumbi : L’idée de la réforme agraire est très importante au Brésil, elle est pour nous une lutte quotidienne. L’élite brésilienne, l’agro-business ne croit pas que la réforme agraire soit utile. Évidemment. Alors notre travail est de montrer la nécessité de cette réforme agraire à la société brésilienne.

MC : Est-ce que la présidence de Lula a changé quelque chose à votre situation ?

Zumbi : Lors de ses deux mandats, Lula a fait en sorte qu’il n’y ait pas de violences contre le Mouvement des Sans Terre. D’autres gouvernements précédents ont pu être extrêmement violents avec nous. Au Brésil la justice n’est pas vraiment progressiste, les médias non plus. Face à ces deux secteurs très puissants, Lula n’a pas eu la force suffisante pour pouvoir mieux répartir les terres.

MC : Les Sans Terre réussissent tout de même à produire par l’intermédiaire de coopératives. Quelles terres exploitent-ils ?

Zumbi : Au Brésil aujourd’hui, 200 000 familles sont membres du MST. Elles ont une petite maison, un petit lopin de terre. Elles se regroupent en coopératives pour produire le sucre, la cachaça, des produits laitiers, des aliments de l’agriculture familiale. Aujourd’hui tout ceci a tendance à être produit de façon biologique. Nous les vendons sur les marchés classiques et cela montre aussi que la réforme agraire est souhaitable. Aujourd’hui, les sondages disent que les brésiliens sont favorables à cette réforme.

MC : Quelle est la part des terres occupées par l’agriculture familiale au Brésil ?

L’agriculture familiale, ce sont 13 millions de petits propriétaires qui représentent 80% des agriculteurs et de la production alimentaire et pourtant ceux ci ne possèdent que 20% des terres.

L’agro-business est un lobby imprtant, qui a des représentants au sein de l’assemblée, du gouvernement... Tant que ces gens là seront au pouvoir, ils freineront la réforme agraire, eux leur intérêt c’est exporter des grains comme le soja.

MC : Il y a-t-il un espoir qu’un gouvernement puisse un jour résoudre le problème ?

Zumbi : La réforme agraire est un processus social, économique et environnemental qui ne coûte pas cher. Ce qui a manqué au précédent gouvernement c’est la volonté et la force politique pour faire cette réforme. Non seulement cette réforme ne couterait pas cher mais en pus elle créerait des emplois. Aujourd’hui déjà, des instruments légaux existent. A partir du moment où une terre qui n’est plus cultivée par un grand propriétaire est occupée par les paysans sans terre, un institut est là pour légaliser la démarche, et au bout d’un temps, un titre de propriété nous est remis. Cette technique de l’occupation, nous ne la pratiquons pas par plaisir mais pour forcer la bureaucratie à aller plus vite, à rendre les choses plus simples et efficaces. Il faut savoir que beaucoup de gens passent des mois et des mois dans des campements, sous des bâches en attendant de pouvoir avoir des terres.

MC : L’idée serait donc que le gouvernement trouve un dispositif adéquat pour redistribuer ces terres inexploitées...

Zumbi : Cela se trouve déjà dans la constitution de 1988. Un article parle de la réforme agraire et donne tous les instruments légaux pour identifier et redistribuer toutes ces superficies qui ne sont pas productives.

MC : Mais ce n’est pas appliqué ?

Zumbi : Le problème au Brésil c’est que beaucoup de lois existent mais ne sont pas appliquées.

MC : Aujourd’hui, de quoi ont besoin les sans-terre ?

Zumbi : On a de grand chantiers pour ces prochaines années : d’une part améliorer notre production, et d’autre part améliorer la communication, notre capacité à informer la société civile.

Car ce n’est pas que la réforme agraire, c’est aussi un projet national de transformation sociale que nous prônons. Une société plus juste, plus libre où les individus seraient plus autonomes. C’est quelque-chose que les représentants de l’agro-business ne souhaitent pas car leur intérêt est que l’on soit pris dans des mécanismes de dépendance vis à vis d’eux. Je suis sûr que nous allons gagner cette bataille, car le projet de l’agro-business est un projet criminel, un projet de mort ; nous nous militons pour la vie, l’utopie, l’espoir...

Propos recueillis par Thierry Borde pour MédiasCitoyens

Université Sans frontières : un programme pour le développement de d’une agriculture familiale et écologique avec les paysans sans terre.

Le programme université sans frontières de l’Etat du Parana au Brésil "Université sans frontières" est un programme d’extension universitaire qui se déroule dans l’état du Parana, au sud du Brésil. (Lire le document de présentation en ligne) Le projet réunissant Luis Rogerio, chercheur à l’université du Parana et "Zumbi" - Elson Borges Dos Santos - du Mouvement des Sans Terre, permet à la coopérative agricole que représente ce dernier de développer un agriculture familiale et écologique, vouée à la fois à subvenir aux besoins familiaux ou communautaires et à trouver des débouchés commerciaux équitables. Cette expérience a été mise en exergue lors de l’université eropéenne l’engagement de l’AFEV comme exemple de rapport de solidarité enrichissant entre l’université et la société.

L’université et les Sans-Terre

Une émission de MédiasCitoyens, Bresse TV et Radio Pluriel avec Elson Borges Dos Santos, dit Zumbi (MST) ; Luis Rogerio (Université du Parana), Cécile Casey (AFEV)


Rencontre AFEV, Paysans sans terre et université Brésilienne
envoyé par bressetv. - Découvrez plus de vidéos de la vie étudiante.

Télécharger le son radio

Animation : Thierry Borde, MédiasCitoyens

Réalisation vidéo : Jean-Marie Ramboz, Bresse TV

Réalisation radio : Patrice Berger, Radio Pluriel

Merci à Frédéric Lescat pour ses inlassables traductions


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