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Assises Régionales de la jeunesse : Il faut que jeunesse se dise

Reportage sur la première journée des Assises de la Jeunesse, vendredi 21 novembre à Bourg-en-Bresse.

Les Assises Régionales de la Jeunesse ont accueilli vendredi 21 novembre à Bourg en Bresse 650 lycéens, apprentis et étudiants pour échanger autour des questions de la jeunesse, de la citoyenneté et des médias. Initié dans la région Rhône-Alpes en 2006, cet espace d’échange témoigne de l’intérêt croissant que portent les politiques au développement de la conscience citoyenne des jeunes. C’est autour de la question de la presse qu’ils ont débattu pour cette première journée de vendredi. Un thème de réflexion crucial pour ces citoyens en devenir. Partant d’un constat que cette jeunesse n’a pas la place qu’elle mérite dans l’espace public, les Assises leur ont tendu un micro pour dialoguer avec des journalistes autour de sujets de société qui les concerne. Et d’exercer un peu de leur citoyenneté.

Un reportage d’Aurélie Marois (APIS)

(Suite)

Donner la parole aux jeunes

"On construit sa conscience de citoyen au niveau familial, à travers ce qu’on nous enseigne à l’école et c’est à peu près tout. On fait quelques débats à l’école mais sinon je ne vois pas d’autres espaces de débat", constate Julien du Lycée Notre Dame de Mongré (Villefranche-sur-Saone). C’est pour répondre à ce manque dans l’espace public que les Assises Régionales de la Jeunesse ont été créées. Telle est la motivation affirmée par la région Rhône-Alpes ici représentée par Katia Philippe, conseillère régionale déléguée à la Jeunesse et instigatrice de ce rendez-vous avec les jeunes Rhônalpins. Elle explique : "La citoyenneté ne se résume pas à avoir 18 ans et une carte de vote. Beaucoup ne se retrouvent pas dans notre démocratie ou ont l’impression que leur avis ne compte pas et que les décisions sont prises sans eux. Le Conseil Régional a fait le pari d’aller à la rencontre des jeunes parce qu’il manque beaucoup d’espace où ils peuvent se réunir, questionner ou proposer des choses en direct avec les élus. L’enjeu pour la région est de bien s’adresser aux besoins des gens et de se poser les bonnes questions avec les citoyens". Pour ce, les Assises doivent permettre à ces citoyens en devenir d’échanger avec des professionnels de la vie publique et d’être entendu comme des citoyens à part entière. Car si l’intérêt des jeunes pour la politique est resté relativement stable depuis les années soixante, comme en témoigne les enquêtes d’opinion de TNS SOFRES, l’engagement lui en a pris un coup avec notamment le recul constant du vote des jeunes. Même si la prise de parole ne se réduit pas à la participation électorale, les médias ne manquent pas de souligner une forme d’indifférence face au monde politique. Cette désaffection si elle s’accentue pourrait devenir dangereuse pour le bon fonctionnement de la démocratie. Aussi, donner des outils aux jeunes pour exercer leur citoyenneté - en premier lieu, l’expression de ses opinions dans la vie publique - apparaît donc comme un enjeu majeur pour les pouvoirs publics. Ce n’est donc pas un hasard si cette rencontre a choisi pour emblème un micro, symbole de la prise de parole et invitation à la tribune.

L’information, nourriture spirituelle du citoyen

Dédiée à la presse, la première journée des Assises a proposé aux jeunes de réagir sur des sujets d’actualité comme le développement durable, la crise financière ou l’Afrique. "Les Assises donnent une occasion de s’exprimer tout en essayant de comprendre comment fonctionnent les médias, mais aussi de faire réfléchir les jeunes sur des sujets d’actualité qui les concernent très directement", explique Dorie Bruyas, chargée de projet pour l’association d’éducation aux médias Fréquence Ecole et collaboratrice sur les Assises. L’écologie, l’économie et le monde constituant des enjeux majeurs pour nos futurs citoyens, chaque classe d’élèves représentée a donc réfléchi sur ces thèmes et a pu directement interroger les journalistes spécialisés invités. Ce cadre d’échange devait permettre aux jeunes de s’approprier trois outils fondamentaux à l’engagement citoyen : l’information, l’expression et la participation. Tel a été en substance l’enseignement du journaliste Albert Du Roy, présent pour le débat "En quoi la presse peut-elle être durable ?". L’intervenant a insisté sur l’importance de connaître l’actualité par soi-même pour pouvoir "s’engager" librement, c’est-dire défendre un point de vue propre. "La principale responsabilité citoyenne est l’engagement. Et c’est l’information qui permet de pouvoir l’exercer. Pour se faire sa propre opinion, il faut savoir ce qui se passe. Si l’on n’est pas bien informé, on est manipulé". Et Albert Du Roy d’inviter les jeunes à lire les journaux : "Les jeunes pensent qu’internet et la télé suffisent à les informer. Mais la presse écrite apporte un approfondissement que la télé ne peut restituer car avec ses images elle est plus intuitive et moins analytique. Le jeune qui veut être responsable doit faire l’effort de chercher cette information". En effet, le problème majeur pour la formation de la conscience citoyenne aujourd’hui est la désaffection des jeunes pour la presse écrite. Son coût, son accès et son contenu reste prohibitif pour les jeunes. Et pourtant il ne s’agit pas de chercher bien loin. Depuis 2001, une politique de sensibilisation des jeunes à la presse favorise l’accès aux journaux dans les lycées. En Rhône-Alpes, l’opération "Kiosques aux Lycées" a permis de rendre disponibles gratuitement les grands titres de presse français en Rhône-Alpes courant 2008. Les jeunes les consultent pourtant encore peu. Pour la journaliste Dorie Bruyas, le problème de la lecture de la presse se situe au niveau des mentalités. Les jeunes forment un public de non-lecteurs, peu intéressé par les questions politiques car "les journaux sont inaccessibles dans leur tête". Cette professionnelle de l’éducation aux médias voit aussi comme un enjeu de réussir à créer de la "proximité" entre les médias et leur lecteur. "Le chemin doit être fait dans les deux sens. Les journalistes sont déconnectés des réalités. L’idée en les invitant à rencontrer des jeunes aux Assises c’est aussi de frotter les journalistes à leur public, qu’ils voient les conséquences de leurs pratiques. Mais les jeunes doivent aussi faire un effort et sortir des stéréotypes. On ne peut pas tout prémacher à l’extrême. Les faire rencontrer les journalistes qui écrivent dans le Monde et discuter les amèneront peut-être plus facilement vers les journaux car ils se diront qu’ils peuvent être parfaitement accessibles".

Ce que les jeunes en pensent

Du coté des lycéens, l’initiative des Assises a été plutôt bien accueillie. Dans les salles de conférence de l’Ainterexpo de Bourg-en-Bresse certains prennent consciencieusement en note les réflexions des journalistes intervenants. C’est le cas de Sambabakar du Lycée Claude le Blois (Saint Chamond) enthousiasmé par les échanges autour des rapports entre les sondages et la presse. "Des débats on n’en voit tous les jours mais c’est la première fois que j’y assiste. Ça attire l’attention sur la politique et c’est important car la politique est partout. Je n’ai pas pu poser de questions mais c’était intéressant", nous confie t-il. D’autres écoutent d’une oreille distraite et commentent avec leur voisin certaines prises de partie des intervenants, trop saillantes à leur goût. La mayonnaise semble prendre et une réflexion collective connecte visiblement tous les esprits. En fin de journée, quelques uns restent cependant un peu sur leur faim. "Ce sont les lycéens ambassadeurs qui ont surtout posé les questions qu’ils avaient préparées. Ça a été frustrant de ne pas avoir la parole", regrette Quentin du Lycée Saint Ambroise (Chambéry) qui aurait aimé réagir sur le vif lors des échanges. Ce qui promettait être un espace de débat apparu au final plus comme un jeu de questions/réponses qui a peut-être manqué d’un peu d’interactivité. Et son camarade Antoine d’ajouter : "ç’aurait été sympa d’avoir des tables rondes où tout le monde aurait pu prendre la parole". Une chose est sûre, ces futurs citoyens auront quoiqu’il en soit exercé leur esprit critique et éprouvé leur goût de l’échange. Ils montrent qu’ils sont demandeurs d’espaces d’expression. Sensible à cette demande, la région prévoit de mettre en place un forum ouvert sur le site internet du Conseil Régional dès janvier 2009 ainsi que des rencontres thématiques dans les départements.

Les jeunes restent une cible privilégiée des acteurs politiques. Les dispositifs pédagogiques mis en oeuvre pour favoriser l’exercice de la parole et de l’esprit critique de ces citoyens en devenir détermineront en partie les choix de société de demain.

Aurélie Marois (APIS)


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