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Cultures libres

Art-is-chaud : Entretien avec Alain Imbaud

Entretien avec Alain Imbaud, président du festival lyonnais des cultures libres
Première édition du Festival dédié aux Cultures Libres à Lyon, ArtIsChaud a forcément un grand coeur. Pendant 5 jours, Lyon devient une plateforme de découverte de la musique libre. Plusieurs salles lyonnaises accueillent du 22 au 27 septembre des concerts, des professionnels et des intellectuels pour lever le voile sur ce mouvement peu connu. Non ces artistes libres ne sont pas d’anciens prisonniers, ils défendent l’accès aux productions culturelles pour tous. Oui mais comment ? Explications avec Alain Imbaud, président du Festival ArtIsChaud.

Aurélie Marois (Mediascioyens) : C’est la première édition du festival Artischaud. Comment est né ce projet ?

Alain Imbaud : Ce festival est le bébé d’un collectif de 6 personnes venant de 3 associations différentes qui défendent les oeuvres libres sur Internet (Musique Libre !, OPLA, Moult’ez Arts). On a eu envie de créer un évènement hors du monde virtuel pour permettre aux associations locales de se rencontrer dans le réel. Et ainsi de pouvoir créer quelque chose entre nous.

A.M. : Artischaud, c’est un festival dedié aux artistes qui évoluent dans le mouvement des cultures libres . Concrêtement, que signifie ici "libres" ?

A.I. : Quand deux hommes se rencontrent, ils parlent culture. La culture est un bien commun. Le « libre » permet de libérer de ce qui entrave la diffusion des oeuvres pour que toute personne y accède. Le plus petit dénominateur commun de toutes les licences libres c’est que tout le monde puisse partager des œuvres dans un cadre non commercial. De son coté, l’auteur peut définir ses propres conditions pour la diffusion de son oeuvre. S’il veut ou non qu’on réutilise son oeuvre. Au delà, il y a un garde fou juridique, les droits d’auteurs. L’auteur original d’une oeuvre ré-utilisée doit toujours être cité. Et celui qui modifie une oeuvre doit publier la modification sur la même licence libre que l’oeuvre originale. Le « mouvement du libre » a été inspiré du mouvement pour les logiciels libres en développement depuis les années 80. Chacun peut s’approprier un logiciel libre et le modifier. La seule obligation est de publier les modifications des oeuvres pour que tout le monde y ait accès. Pour la musique c’est le même principe. Libre, c’est libre de télécharger, de copier et de partager les oeuvres. L’idée est que le mouvement devienne viral...

A.M. : Le mouvement devient viral ! Les "libres" veulent-ils conquérir le monde ?

A.I. : Non ! C’est plus une volonté de partager une culture commune. Dans le monde libre, on partage des fichiers. C’est le "peer-to-peer". Ça a commencé à grande échelle dans les années 90 avec le logiciel NAPSER. Ils ont été poursuivis par la justice américaine et australienne pour facilitation au téléchargement illégal. Mais le mouvement s’est propagé.

A.M. : Une diffusion libre et gratuite des oeuvres. Les artistes libres ont-ils un coeur d’artichaud ?

A.I. : L’idée du festival Artischaud est surtout un jeu de mot : "art - is - chaud" en évitant le "show". C’est aussi une sorte de cri de guerre qui signifie que beaucoup d’artistes sont "chauds" pour s’impliquer dans la démarche.

Mais dans les statuts de l’association Artischaud, il existe des cœurs d’artichauts (le CA et le Bureau), de la barbe (les membres) et des feuilles (les bénévoles).

Quant à savoir si cette démarche est purement philanthropique, non évidemment. Tout a un coût. Mais les artistes savent très bien que ce qui leur rapportent aujourd’hui, ce sont les concerts. La musique dématérialisée voire les CD leur permettent plus de se faire connaître des programmateurs.

Certains artistes ont même commis des "dons à l’étalage". Les artistes sont allés dans des magasins de distribution de musique comme la FNAC ou Virgin pour poser leurs disques dans les étalages des magasins en mettant "cd gratuit". Cela nous renvoie aux problèmes récurrents d’exposition de nouveaux artistes dans les médias souvent toujours les mêmes et sur des médias omniprésents.

A.M. : Artichaud c’est le bébé principalement des acteurs de DOGMAZIC. En quoi consiste le projet Dogmazic ?

A.I. : Dogmazic est un projet né en 2004 et est géré par l’association Musiques Libres. Ce site a été fondé par des artistes de musiques d’impros qui voulaient quitter la Sacem. Ils désiraient sortir de la Sacem car ils n’y trouvaient aucun intérêt financier. Entre autre, ils n’appréciaient pas de perdre une partie de leur droit de diffusion. Juridiquement, la Sacem ne protège de rien. Ça génère seulement des preuves d’antériorité. Tu peux protéger ton oeuvre sans la Sacem en te l’envoyant en recommandé avec accusé de réception chez toi. Tu le reçois et tu ne l’ouvres jamais. Le cachet de la poste fait foi. L’objectif initial de Dogmazic était de créer une archive, un fond culturel commun. On défend une culture commune qui ne soit pas commerciale. L’argent ne doit pas être une barrière pour découvrir des oeuvres.

A.M. : On trouve quoi sur Dogmazic ?

A.I. : Il y a 2600 à 3000 groupes inscrits sur le site. Les artistes présents sur le festival sont pratiquement tous sur ce portail des musiques libres. Il y a eu quelque chose comme 50 millions d’écoutes et de téléchargements sur le site depuis sa création. Ce projet a un rayonnement international. Mais comme il a été créé à Bordeaux, il y a une majorité de Français dans le projet.

On accueille tout le monde tant qu’il n’y a pas de « sample copyright ». On ne prend pas de titre avec des samples de Christophe Mahé par exemple. Pour cela, il faudrait l’autorisation de Mahé, sa maison de production, les compositeurs et les éditeurs. Ce n’est pas possible. Alors oui, comme on accepte tout le monde, il y a parfois "de la musique du dimanche". Il peut y avoir des musiques créées en atelier en collège. Comme il peut y avoir des anciens de la Sacem.

A.M. : Il n’y a pas que des artistes sur le site, on retrouve aussi des labels. Quelle relation entretiennent-ils avec le site libre ?

A.I. : Il y a différents labels présents sur Dogmazic. Le site offre une qualité de production sur notre archive. Et pour les labels, en plus d’une visibilité accrue sur le net, le projet Pragmazic (Société de distribution pour les labels libres, NDLR) leur permet de vendre des fichiers numériques ou des CD / Vinyles en ayant une démarche équitable (65% reversés aux ayant-droits). De plus, on développe l’information sur le site avec des liens publiés, un forum... Ce réseau qui prend forme avec internet a permis d’organiser des événements. On a pu faire une tournée de deux groupes d’un label hollandais, "Dying Giraffs" en avril-mai 2008 avec des dates sur Paris, Lille, Roubaix, Bordeaux et Lyon.

A.M. : Quelles perspectives ?

A.I. : Le modèle libre est un monde jeune. On n’a pas encore de modèle économique. Ce système pose la question de la place de l’artiste et de sa rémunération. A.M. : Un dernier mot pour conclure...

A.I. : Une phrase que me plaît bien, que j’ai lue quelque part chez Jarring (label lyonnais indépendant, NDLR). "Ecouter c’est découvrir. Acheter, c’est soutenir".

Propos recueillis par Aurélie Marois (Mediascitoyens)

Retrouver Alain Imbaud sur Radio Pluriel dans l’émission Buzzique du 18 septembre 2008.

Visiter le site du festival Artischaud


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