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A Lyon, la Radio Numérique Terrestre reprend son avancée

Le CSA a autorisé une expérimentation de neuf mois
Jeudi 19 mai 2011 la société de diffusion VDL - France Multiplex, le CSA et quelques 15 radios présentaient la nouvelle expérimentation de Radio Numérique Terrestre qui se déroule à Lyon pendant neuf mois. Avec une expérimentation menée en parallèle par TDF, 23 radios sont actuellement en écoute numérique à Lyon. Au lendemain de la publication du rapport Kessler, cette conférence sonne comme une offensive des "pros - RNT" soutenus par le CSA.

La discrétion qui semblait prévaloir jusque là autour de l’expérimentation de la Radio Numérique Terrestre n’était plus de mise, jeudi 19 mai, quai Rambaud à Lyon, dans les locaux flambants neufs qui accueillent quelques radios indépendantes lyonnaises en bord de Saône. La conférence de presse donnée par l’opérateur de diffusion VDL en présence de Rachid Arhab et de Patrice Gélinet du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a attiré de nombreux journalistes et représentants d’entreprises pour l’annonce du lancement de l’expérimentation de la Radio Numérique Terrestre sur Lyon.

23 radios disponibles en numérique

Il s’agit en tout de 23 radios qui sont désormais, et pour neuf mois, en diffusion numérique : 15 radios diffusées par VDL (Sol FM, RCT Cap Sao, RCF, Radio FG, Oui FM, Radio Scoop, Latina, Impact, Nova, MFM, Radio Orient, Sud Radio, France Maghreb 2 , Africa n°1 et TSF Jazz), huit autres diffusées par TDF (selon le quotidien Le Progrès, le bouquet TDF serait constitué de Jazz, RMC, RTL, Radio Classique, Espace, Europe 1, France Inter, Espérance). Parmi les quinze premières, huit ne sont pas disponibles sur la bande FM lyonnaise. Un argument essentiel de la RNT qui permettra notamment un accroissement de l’offre de radios.

Concrètement, afin de pouvoir écouter ces stations sur la RNT, les auditeurs vont devoir s’équiper de nouveaux récepteurs, captant à la fois la FM et la RNT. Des récepteurs sont d’ores et déjà disponibles chez certains distributeurs. Les radios, à l’instar de FG, vont lancer une campagne promotionnelle sur leurs ondes pour faire gagner des récepteurs à leurs auditeurs. Le fabriquant "Pure" s’est associé à l’expérimentation lyonnaise. Car il faut dire qu’en termes techniques, tout le monde aujourd’hui sait que la radio numérique terrestre fonctionne. Il s’agit donc, plus qu’une expérimentation, d’une démonstration. Le véritable enjeu de celle-ci reste l’adhésion des auditeurs à cette nouvelle forme de diffusion.

La question de la norme

Quid de la norme technique adoptée ? TDMB, DAB+ ? Ici, le TDMB, mais pour tous les acteurs de cette conférence de presse, cette question semblait la plus irritable d’entre toutes : inutile de revenir sur le problème de la norme puisque les récepteurs peuvent capter les deux normes... N’empêche que la norme utilisée partout en Europe reste le DAB+ et que le rapport Kessler vient de souligner l’absurdité de "faire cavalier seul" dans ce domaine. Une question d’autant plus prégnante en Rhône-Alpes dont les voisins suisses viennent eux aussi d’adopter le DAB+.

Et les radios associatives ?

A Lyon, l’expérimentation est autorisée pour neuf mois, "peut-être plus", ajoute Rachid Arhab. En effet, le CSA ne semble pas envisager l’arrêt de la diffusion au bout cette période. Le coût de l’opération, 400 000 Euros, est supporté par les radios participantes et par la société VDL. Chaque radio s’acquitte d’un "loyer" mensuel de 600 Euros environ.

On ne peut pas, ici, ne pas s’étonner du faible nombre de radios associatives participant à cette opération (quatre seulement, dont deux appartenant à des réseaux confessionnels). De plus, si le SIRTI (Syndicat Interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes ) était représenté par Philippe Gault son président, le SNRL (Syndicat National des Radios Libres) et la CNRA (Confédération Nationale des Radios Associatives) ne semblaient pas invités... Sans rancune toutefois, puisque le président du SNRL, Emmanuel Boutterin, joint par téléphone, "se félicite de ce nouveau positionnement du SIRTI dans cette bataille, un positionnement qui répond aux attentes des radios de catégorie B." (les radios de catégorie B sont représentées par le SIRTI)

Alors que le multiplex créé à Nantes autour du GRAM et des radios associatives fête son premier anniversaire (cf encadré), autonome des sociétés de diffusion, on peut imaginer qu’il fallait aux diffuseurs, en particulier à VDL qui a beaucoup misé et agit pour le numérique, et aux radios commerciales du SIRTI, une expérimentation s’inscrivant dans un système économique qui leur correspond. Car, comme le rappelle Emmanuel Boutterin, le président du SNRL, "l’expérimentation nantaise se déroule entièrement dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, associatif et coopératif".

Pour un lancement réel de la RNT

Face au refus du gouvernement de lancer rapidement la RNT et dans le contexte nouveau posé par le rapport Kessler (cf sur MédiasCitoyens : Le rapport Kessler n’enterre pas la RNT) qui préconise l’expérimentation, le CSA semble vouloir imposer la RNT, par le seul biais qui lui soit pour l’heure autorisé : l’expérimentation. On ne peut que s’en féliciter, tant l’évidence de la Radio Numérique Terrestre s’impose aujourd’hui à tous les acteurs. Même à ceux qui officiellement maintiennent une position de rejet : n’avons-nous pas appris lors de cette conférence de presse la discrète expérimentation de TDF avec RMC, RTL et Europe1 notamment ?

L’on ne peut toutefois s’empêcher de s’interroger sur l’avenir au-delà de ces expérimentations. Le CSA semble convaincu de la nécessité de prolonger celle-ci au-delà de neuf mois. Volonté bien compréhensible, ne serait-ce que par respect pour tous les auditeurs qui auront acheté un récepteur et pour les équipes des radios impliquées.

Mais ces expérimentations n’en restent pas moins partielles et ancrent un modèle de diffusion dans le paysage local en dehors de toute dynamique de concertation et d’appels publics équitables. C’est pourquoi il semble d’autant plus urgent aujourd’hui de reprendre le cours d’un processus plus serein en lançant enfin la RNT à Paris, à Nice et à Marseille, zones qui ont déjà fait l’objet d’un appel public à candidatures des radios. "Il y a trois zones ou les opérateurs sont présélectionnes : Paris, Marseille et Nice. Il faut relancer la démarche en cours avec les opérateurs volontaires", commente encore le président du SNRL, en précisant aussi que les radios sélectionnées qui ne seraient plus pour l’heure volontaires devraient dans ce cas pouvoir garder les fréquences qui leur auront été attribuées.

Mais cela demande au préalable un fléchissement de l’Etat sur la question du lancement de la RNT. Un fléchissement qui ne pourra venir que d’une évolution des grands groupes de radios. Et à ce niveau, l’essentiel est peut-être à voir dans ce qui n’est pas montré : la présence de grandes radios commerciales dans le bouquet TDF.

Seule une décision de l’Etat favorable au lancement de la RNT permettra au Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique de débloquer le budget promis aux associatives pour les accompagner dans la RNT. Car la somme de 600 Euros par mois pour la diffusion numérique représente un surcoût très substantiel dans le budget d’une association. D’autant qu’elle ne comprend pas tous les coûts supplémentaires associés au fonctionnement de la RNT.

En attendant, tous les acteurs de l’expérimentation lyonnaise comptent bien démontrer rapidement les nombreux atouts de RNT. Pour eux, la satisfaction des auditeurs sera le meilleur argument.

Thierry Borde

Le GRAM : un modèle à suivre ?

Depuis maintenant un an, le Groupement des Radios Associatives de la Métropole Nantaise expérimente la radio numérique terrestre avec succès. Il est composé des six radios locales nantaises (AlterNantes FM, Fidélité, Eur@dioNantes, Jet FM, Prun’, SUN) et de cinq autres radios non présentes en FM sur Nantes (RFI, TSF Jazz, Crooner, Radio FG, OUI FM).
Entièrement basé sur la mutualisation des moyens humains et techniques entre les radios associatives, le multiplex du GRAM a permis la diffusion numérique sur le territoire nantais, à l’échelle d’un bassin de population de 800 000 habitants.
Avec 1000 récepteurs numériques vendus en un an sur l’agglomération, l’expérimentation nantaise semble être un franc succès à plusieurs niveaux : l’adhésion des auditeurs à une qualité et un confort d’écoute meilleurs que sur la FM, la démonstration que les acteurs locaux peuvent assurer la diffusion numérique sur de grandes agglomérations et enfin, la preuve que cette démarche peut s’accomplir dans le cadre d’une économie sociale et solidaire.
L’expérimentation du GRAM est de nouveau prolongée par le CSA jusqu’au 31 décembre 2011. Cet été, sa diffusion devrait être étendue à Saint Nazaire et ses environs, permettant ainsi de couvrir un bassin de plus d’un million d’auditeurs potentiels.
Le GRAM semble avoir inventé les bases d’un modèle associatif de diffusion numérique. Un modèle dont pourront s’inspirer toutes les radios associatives françaises dès lors que le gouvernement aura, enfin, autorisé le lancement de la RNT.


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